Une offre de prévention peut exister sans être comprise, rejointe ou utilisée. La médiation, l’aller-vers et l’accompagnement humain cherchent à réduire cet écart, avec des rôles identifiables et des moyens durables.
[1]Entre connaître un service et pouvoir l’utiliser
Trouver une information ne règle pas toutes les difficultés d’accès. Il peut rester à comprendre ce qui est proposé, à identifier le bon interlocuteur ou à se repérer dans les démarches. Dans son diagnostic de juillet 2026, le rapport décrit une offre dispersée qui peut avantager les personnes disposant déjà de ressources sociales, culturelles ou numériques pour s’orienter.
[2]L’accès doit donc être regardé comme une possibilité concrète. La mission propose de juger les dispositifs selon la capacité des publics à les connaître, les comprendre et les utiliser. Ce déplacement évite de réduire la difficulté à un manque de motivation individuel : une organisation peut avoir à modifier ses informations, ses relais ou ses modalités d’accueil.
[3]Des fonctions complémentaires, pas un intervenant qui ferait tout
Un référentiel HAS de médiation en santé existe depuis 2017. Le rapport de 2026 propose une articulation plus large entre médiation, aller-vers, pair-aidance, navigation, littératie et accompagnement numérique. Ces fonctions répondent à plusieurs besoins : disposer d’un relais de confiance, être rejoint, comprendre une information ou trouver son chemin parmi les services. Les rapprocher demande de préciser leurs limites et les orientations vers les professions réglementées, sans rendre leurs missions interchangeables.
[4]La littératie en santé apporte un point de distinction utile. Elle concerne les capacités à comprendre et utiliser l’information, mais aussi l’adaptation des organisations. La médiation peut y contribuer ; elle répond également à des obstacles de relation et d’orientation. Clarifier l’information et accompagner l’accès se complètent sans devenir une seule fonction.
[5]La distinction entre fonctions devient plus claire lorsqu’on regarde sur quoi repose la relation. Pour la HAS, la médiation fait circuler l’information dans les deux sens : elle aide les personnes à accéder aux services et aide les professionnels à comprendre les obstacles. Dans son guide consacré à la santé mentale, l’OMS décrit le soutien entre pairs à partir de l’expérience partagée et du pouvoir d’agir. Ces contributions peuvent se compléter ; elles ne justifient pas de demander à une seule personne d’endosser tous les rôles.
[6]Pourquoi le numérique a besoin de relais humains
Un portail ou un rappel numérique ne rejoint pas nécessairement les personnes qui en auraient besoin. Le rapport insiste sur les lieux familiers, les personnes identifiées et les relais de proximité. Les associations peuvent apporter une connaissance des contextes et une médiation sociale, culturelle ou linguistique. Cette proximité est une possibilité d’accès supplémentaire, pas la preuve d’efficacité de chaque action associative.
[7]Les outils numériques doivent donc être reliés à des possibilités d’accompagnement. La mission propose que les contrats locaux de santé renforcés précisent les publics prioritaires, les lieux d’aller-vers, les relais et le suivi du non-recours. Cette orientation porte sur l’organisation locale de l’accès ; elle ne consiste pas simplement à ajouter un canal de communication.
[8]Une difficulté sur un portail ne se résout pas toujours par une nouvelle fonction numérique. L’OMS demande d’évaluer ces interventions selon leur acceptabilité, leur faisabilité, leurs ressources et leurs effets sur l’équité ; elles ne remplacent pas un système de santé qui fonctionne. La question pratique est donc de savoir quel relais reste disponible lorsque l’outil ne permet pas d’avancer.
[9]Accompagner sans surveiller ni décider à la place
Aller vers une personne ne doit pas devenir un moyen de surveiller ses comportements ou de l’assigner à un risque. Le rapport pose explicitement cette limite. L’objectif de la démarche est de soutenir l’accès et la capacité d’agir, avec des fonctions dont les limites sont connues, non de transformer la proximité en contrôle.
[10]Les obstacles et les réponses doivent aussi être discutés avec les personnes concernées. La participation citoyenne apporte leur expérience aux choix de conception et d’évaluation. Elle reste distincte de la médiation : être accompagné vers un service ne signifie pas, à lui seul, avoir été associé à la façon dont ce service est organisé.
[11]Reconnaître le travail nécessaire à l’accès
Les relais humains demandent du temps, des compétences et une continuité. Mobiliser des associations ou des acteurs sociaux sans reconnaissance ni moyens peut devenir un transfert de charge. La mission propose de financer ces fonctions comme des dépenses de prévention à part entière, plutôt que de les traiter comme des compléments accessoires.
[12]La question du financement durable de la prévention est donc aussi celle de l’accès. Le rapport privilégie à court terme une reconnaissance des fonctions, appuyée sur formation et financements pluriannuels, sans juger indispensable la création immédiate d’un métier national unique. L’enjeu est de maintenir les relais qui rendent l’offre utilisable, puis de suivre les personnes qu’elle parvient réellement à rejoindre.
[13]L’organisation du travail compte autant que le recrutement. Pour les agents de santé communautaires, l’OMS recommande de partir des besoins de la population, des ressources et des liens avec les autres professionnels. Ce cadre international ne définit pas le métier de médiateur en France, mais il éclaire une question commune : à qui la personne peut-elle passer le relais, et avec quels moyens ?
[14]Sources et passages à l’appui
Les références numérotées relient chaque passage aux documents utilisés. Une publication institutionnelle, une étude et une proposition de réforme n’apportent pas le même type d’appui.
Consulter les 14 références de cet article
- Rapport de Cyrille Isaac-Sibille, p. 102, 103, 224, 225. Retour au passage ↑
- Rapport de Cyrille Isaac-Sibille, p. 102. Retour au passage ↑
- Rapport de Cyrille Isaac-Sibille, p. 104, 160. Retour au passage ↑
- Rapport de Cyrille Isaac-Sibille, p. 82, 103, 224, 225. La médiation en santé pour les personnes éloignées des systèmes de prévention et de soins. Retour au passage ↑
- Rapport de Cyrille Isaac-Sibille, p. 16, 82, 160, 225. Retour au passage ↑
- La médiation en santé pour les personnes éloignées des systèmes de prévention et de soins. Peer support mental health services: promoting person-centred and rights-based approaches. Retour au passage ↑
- Rapport de Cyrille Isaac-Sibille, p. 82, 103. Retour au passage ↑
- Rapport de Cyrille Isaac-Sibille, p. 225. Retour au passage ↑
- Recommendations on digital interventions for health system strengthening. Retour au passage ↑
- Rapport de Cyrille Isaac-Sibille, p. 225. Retour au passage ↑
- Rapport de Cyrille Isaac-Sibille, p. 105, 225. Retour au passage ↑
- Rapport de Cyrille Isaac-Sibille, p. 224, 294, 295. Retour au passage ↑
- Rapport de Cyrille Isaac-Sibille, p. 104, 225, 295. Retour au passage ↑
- WHO guideline on health policy and system support to optimize community health worker programmes. Retour au passage ↑
Bibliographie de l’article
- Construire un système de prévention primordialePassages utilisés : pages du PDF indiquées dans les références. Le lien ouvre la page officielle donnant accès au rapport complet.
Portée de cette source
Appui utilisé : Définitions, constats, travaux cités et propositions de prévention mobilisés dans cet article, avec un renvoi précis aux pages du rapport.
Limites : Un rapport de mission rassemble des matériaux de statuts différents. Ses propositions ne constituent pas des mesures adoptées et les travaux qu’il cite ne sont pas tous vérifiés séparément.
Indépendance : Le rapport peut citer certains travaux également mobilisés dans les autres sources de l’article ; ces références ne constituent pas automatiquement des confirmations indépendantes.
- La médiation en santé pour les personnes éloignées des systèmes de prévention et de soinsPassage utilisé : Définition et objectifs : fonction d’interface dans les deux sens, repérage, information, orientation et accompagnement temporaire
Portée de cette source
Appui utilisé : La médiation vise aussi à sensibiliser les acteurs de santé aux obstacles rencontrés par les personnes.
Limites : Présentation officielle consultée ; pas de mesure d’efficacité ni d’état exhaustif de son application.
Indépendance : Référentiel français antérieur au rapport de mission.
- Peer support mental health services: promoting person-centred and rights-based approachesPassage utilisé : Overview : shared experiences, empowerment, legal capacity and non-coercive practices
Portée de cette source
Appui utilisé : Le soutien entre pairs en santé mentale mobilise l’expérience partagée et le pouvoir d’agir.
Limites : Résumé officiel consulté ; champ de la santé mentale, non définition de toutes les formes de pair-aidance.
Indépendance : Document distinct de la recommandation sur les agents communautaires ; même institution.
- WHO guideline on health policy and system support to optimize community health worker programmesPassage utilisé : Overview : analysis of population needs, health system requirements and resource implications ; relation to other health workers
Portée de cette source
Appui utilisé : Les programmes d’agents communautaires doivent être conçus selon les besoins, les ressources et les relations avec les autres professionnels.
Limites : Résumé officiel consulté ; agents communautaires et médiateurs français ne sont pas des professions équivalentes.
Indépendance : Guide spécifique aux agents communautaires, distinct du guide de soutien entre pairs.
- Recommendations on digital interventions for health system strengtheningPassage utilisé : Overview, deux paragraphes : bénéfices, risques, acceptabilité, faisabilité, ressources et équité ; absence de substitution au système de santé
Portée de cette source
Appui utilisé : Le numérique doit être apprécié selon ses conditions d’usage et ne remplace pas un système de santé fonctionnel.
Limites : Résumé officiel consulté ; pas de recommandation sur un outil particulier ni de résultat chiffré.
Indépendance : Recommandation distincte sur les interventions numériques, même institution.
Les propositions sont distinguées des dispositifs décrits. Ce texte explique des enjeux collectifs et ne fournit pas de prescription individuelle.