Le risque cardiovasculaire à 10 ans est la probabilité de présenter un infarctus, un accident vasculaire cérébral ou un décès cardiovasculaire dans les dix ans. En France, il s’estime avec SCORE2 (40-69 ans) et SCORE2-OP (70-89 ans), deux algorithmes publiés en 2021 par la Société européenne de cardiologie. Ce chiffre sert à décider, avec votre médecin, de l’intensité de la prévention.
Qu’est-ce qu’un risque cardiovasculaire à 10 ans ?
Un risque cardiovasculaire à 10 ans de 5 % signifie que, sur cent personnes ayant exactement votre profil, cinq en moyenne présenteront un événement cardiovasculaire dans les dix ans. C’est une estimation statistique issue de grandes cohortes suivies dans le temps, pas une prédiction individuelle : elle vous situe par rapport à des personnes qui vous ressemblent.
Pourquoi dix ans ? Parce que cet horizon est assez long pour que les facteurs de risque pèsent sur la survenue des maladies, et assez court pour rester parlant et correspondre à la durée des essais qui ont validé les traitements préventifs. C’est aussi l’horizon des paliers d’action des recommandations.
Cette mesure a une limite connue : l’âge en est la composante la plus lourde. Une personne de 40 ans qui fume et a une tension élevée aura mécaniquement un risque à 10 ans faible, malgré une exposition cumulée importante. C’est pourquoi les recommandations européennes de 2021 invitent, chez les adultes jeunes, à regarder aussi le risque sur la vie entière et le bénéfice d’une correction précoce des facteurs de risque.
Comment calculer son risque cardiovasculaire avec SCORE2 et SCORE2-OP ?
SCORE2 et SCORE2-OP ont été publiés en 2021 dans l’European Heart Journal (SCORE2 working group and ESC Cardiovascular risk collaboration, 2021 ; 42 : 2439-2454, doi 10.1093/eurheartj/ehab309) et adoptés par les recommandations européennes de prévention cardiovasculaire la même année. Ils reposent sur cinq variables : l’âge, le sexe, le tabagisme actuel, la pression artérielle systolique et le cholestérol non-HDL, c’est-à-dire le cholestérol total moins le HDL.
| SCORE2 | SCORE2-OP | |
|---|---|---|
| Tranche d’âge | 40 à 69 ans | 70 à 89 ans (OP : older persons) |
| Variables | Âge, sexe, tabagisme, pression artérielle systolique, cholestérol non-HDL | Les mêmes cinq variables |
| Ce qui est estimé | Risque à 10 ans d’événement cardiovasculaire fatal ou non fatal (infarctus, AVC, décès cardiovasculaire) | Idem, en tenant compte du risque de décès d’autre cause |
| Étalonnage | Quatre régions de risque en Europe ; la France est en région à bas risque | Idem |
| Publication | ESC, European Heart Journal, 2021 | ESC, European Heart Journal, 2021 |
Trois précisions. SCORE2 estime les événements mortels et non mortels, alors que l’ancien score SCORE ne comptait que les décès : les pourcentages ne sont pas comparables d’une version à l’autre. Le modèle est étalonné par région : la France appartient à la région à bas risque, et ce sont ces tables qui doivent être utilisées. Enfin, le score ne s’applique pas à tout le monde : les personnes qui ont déjà une maladie cardiovasculaire, un diabète, une maladie rénale chronique ou une hypercholestérolémie familiale sont classées d’emblée à risque élevé ou très élevé par les recommandations européennes de 2021, sans passer par le calcul. Une version dédiée au diabète de type 2 a été publiée ensuite.
En pratique, votre médecin dispose des tables ou d’un calculateur ; il vous faut une mesure récente de la pression artérielle et un bilan lipidique, détaillé dans ce que contient un bilan sanguin complet. Le chiffre obtenu n’est qu’un point de départ, que le médecin ajuste avec les facteurs que le score ne voit pas.
Quels sont les 7 facteurs de risque cardiovasculaire ?
La liste des « 7 facteurs de risque » souvent citée réunit trois facteurs sur lesquels on ne peut pas agir, l’âge, le sexe masculin et les antécédents familiaux, et quatre facteurs modifiables : le tabac, l’hypertension artérielle, l’excès de cholestérol et le diabète. Selon les sources, le surpoids, la sédentarité et l’alimentation s’y ajoutent, et le décompte varie.
Un facteur de risque augmente la probabilité de développer une maladie sans la rendre certaine. Ces facteurs agissent surtout par l’athérosclérose (dépôt progressif de plaques dans la paroi des artères) et se cumulent : deux facteurs modérés pèsent souvent plus qu’un seul, sévère.
| Facteurs non modifiables | Facteurs modifiables majeurs | Facteurs et « modificateurs » complémentaires |
|---|---|---|
| Âge | Tabagisme (y compris passif) | Surpoids et obésité, en particulier abdominale |
| Sexe masculin (l’écart avec les femmes se réduit après la ménopause) | Hypertension artérielle | Sédentarité et inactivité physique |
| Antécédents familiaux d’événement cardiovasculaire précoce | Excès de cholestérol (LDL, non-HDL) | Alimentation déséquilibrée, alcool |
| Diabète, prédiabète | Stress chronique, troubles du sommeil, précarité sociale, maladies inflammatoires chroniques, maladie rénale |
Les recommandations européennes de 2021 appellent « modificateurs de risque » les éléments de la troisième colonne : absents de la formule, ils peuvent conduire le médecin à reclasser une personne dont le score est proche d’un seuil. C’est pourquoi le calcul ne se fait pas seul devant un écran. Les paramètres sanguins qui alimentent le score sont passés en revue dans les biomarqueurs sanguins.
Quelle est l’échelle de risque : faible, élevé, très élevé ?
Les recommandations européennes classent le risque à 10 ans en trois niveaux, « faible à modéré », « élevé » et « très élevé », avec des seuils qui dépendent de l’âge : plus on est jeune, plus le seuil d’alerte est bas, parce qu’un même pourcentage traduit une exposition plus forte quand il est atteint tôt. Les valeurs ci-dessous, généralement reprises pour SCORE2 et SCORE2-OP, doivent être confirmées avant publication.
| Tranche d’âge | Faible à modéré | Élevé | Très élevé |
|---|---|---|---|
| Moins de 50 ans | inférieur à 2,5 % | 2,5 à moins de 7,5 % | 7,5 % et plus |
| 50 à 69 ans | inférieur à 5 % | 5 à moins de 10 % | 10 % et plus |
| 70 ans et plus (SCORE2-OP) | inférieur à 7,5 % | 7,5 à moins de 15 % | 15 % et plus |
Ces catégories changent l’intensité de la prévention proposée : à risque faible à modéré, l’accent est mis sur les habitudes de vie ; à risque élevé ou très élevé, un traitement de la tension ou du cholestérol se discute, avec des cibles de LDL-cholestérol d’autant plus basses que le risque est élevé. Ces cibles sont des repères pour la discussion avec votre médecin, pas des objectifs à s’imposer seul ; nous ne les chiffrons pas ici.
Que fait le bilan de prévention à 45-50 ans de votre risque cardiovasculaire ?
Le bilan de prévention proposé entre 45 et 50 ans inclus par l’Assurance Maladie est un entretien de 30 à 45 minutes, pris en charge à 100 % sans avance de frais, dont la prévention des maladies cardiovasculaires est l’un des thèmes officiels. Il ne comporte pas de prise de sang, mais il repère les facteurs de risque liés au mode de vie et débouche sur un plan personnalisé de prévention (PPP) transmis au médecin traitant, sauf opposition de votre part.
Le bilan se déroule en trois étapes. Un autoquestionnaire, rempli avant le rendez-vous dans Mon espace santé ou sur papier, passe en revue tabac, alcool, alimentation, activité physique, sommeil, stress et antécédents. L’entretien avec le professionnel (médecin, infirmier, pharmacien ou sage-femme) permet de choisir ensemble un ou deux sujets prioritaires. Le plan personnalisé de prévention fixe des objectifs concrets et, si besoin, oriente vers le médecin traitant pour une mesure de la tension, un bilan lipidique et une glycémie : les données qui manquent pour calculer SCORE2.
C’est, à notre sens, le bon moment pour poser la question : autour de 45 ans, les facteurs de risque sont souvent installés depuis des années mais encore réversibles, et le chiffre à 10 ans devient informatif. Déroulé, dépistages et préparation sont détaillés dans le bilan de prévention à 45-50 ans, et le dispositif dans le bilan de prévention.
Que peut ajouter la métabolomique aux scores classiques ?
Les scores comme SCORE2 reposent sur une poignée de variables ; la métabolomique par résonance magnétique nucléaire (RMN) en ajoute des dizaines à partir d’un seul prélèvement sanguin : lipoprotéines détaillées par classe et par taille, acides gras, acides aminés, marqueurs d’inflammation et du métabolisme énergétique. Elle ne remplace pas le score de référence ; elle documente ce que le score résume en un seul chiffre de cholestérol non-HDL.
Le panel de référence quantifie 249 biomarqueurs métaboliques. Il a été caractérisé chez 118 461 participants de la cohorte britannique UK Biobank (Julkunen et al., Nature Communications, 2023). Sur la même cohorte, Buergel et al. (Nature Medicine, 2022) ont montré qu’un profil métabolomique améliore la prédiction à 10 ans de 24 maladies, dont plusieurs maladies cardiovasculaires, lorsqu’il est ajouté aux facteurs de risque classiques. Ces résultats, obtenus à l’échelle d’une population de recherche, ne signifient pas qu’un profil métabolomique soit « plus précis » qu’un SCORE2 bien calculé pour une personne donnée, et aucune recommandation ne l’intègre à ce jour au calcul du risque.
Ce qu’elle peut apporter à ce stade : une lecture plus fine du métabolisme lipidique et inflammatoire quand le score est intermédiaire, et une base de suivi des changements engagés. Technique, limites et usages sont présentés dans la métabolomique RMN.
Comment réduire son risque cardiovasculaire ?
Six leviers ont fait la preuve de leur effet sur la survenue des événements cardiovasculaires : l’arrêt du tabac, l’activité physique régulière, une alimentation de type méditerranéen, le contrôle de la pression artérielle, la baisse du cholestérol LDL quand elle est indiquée et la prévention ou le bon contrôle du diabète. Ce qui suit décrit ces leviers, pas un traitement : celui-ci se discute avec votre médecin.
Arrêter le tabac
C’est le levier le plus puissant et le plus rapide chez un fumeur : le bénéfice cardiovasculaire commence dès les premiers mois d’arrêt et se poursuit ensuite. Les substituts nicotiniques sont pris en charge sur prescription, et un accompagnement (Tabac info service, tabacologue) augmente les chances de succès.
Bouger davantage, s’asseoir moins
L’activité physique agit à la fois sur la tension, le cholestérol, la glycémie et le poids. Les repères de l’Organisation mondiale de la santé, repris en France, portent sur une activité d’endurance modérée chaque semaine, du renforcement musculaire et la réduction du temps assis.
Manger méditerranéen
Une alimentation riche en légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes, huile d’olive, fruits à coque et poisson, pauvre en viandes transformées, sel et produits ultra-transformés, a réduit les événements cardiovasculaires dans un grand essai randomisé. Réduire le sel et limiter l’alcool agissent directement sur la tension.
Connaître et contrôler sa tension
L’hypertension ne se ressent pas : une mesure au cabinet, confirmée par une automesure à domicile, est le seul moyen de la repérer. Quand l’hygiène de vie ne suffit pas, un traitement se discute avec votre médecin selon votre niveau de risque global.
Cholestérol et diabète : dépister, puis décider ensemble
Le bilan lipidique et la glycémie à jeun alimentent le score et repèrent un diabète débutant. Selon le résultat et votre catégorie de risque, votre médecin proposera un suivi simple, un renforcement de l’hygiène de vie ou un traitement. Sommeil, stress et poids, qui agissent sur tous les facteurs précédents, font partie de la même discussion.
À retenir
- Le risque cardiovasculaire à 10 ans est une probabilité statistique d’infarctus, d’AVC ou de décès cardiovasculaire dans la décennie ; il situe votre profil, il ne prédit pas votre destin.
- SCORE2 (40-69 ans) et SCORE2-OP (70-89 ans), publiés par l’ESC en 2021, l’estiment à partir de l’âge, du sexe, du tabac, de la pression artérielle systolique et du cholestérol non-HDL ; la France utilise les tables de la région à bas risque.
- Les seuils de risque élevé sont plus bas avant 50 ans ; le médecin ajuste le résultat avec les facteurs que le score ignore (antécédents familiaux, poids, sédentarité, diabète, maladie rénale).
- Le bilan de prévention à 45-50 ans, pris en charge à 100 %, est le moment naturel pour poser la question et obtenir la prescription des analyses nécessaires.
- Tabac, activité physique, alimentation méditerranéenne, tension, cholestérol et diabète sont les six leviers validés ; la métabolomique peut affiner la lecture, elle ne remplace pas le score.
Ce que Sokrate vous permet de faire
Sokrate édite un service intégré au bilan de prévention pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, sans avance de frais. Le questionnaire adaptatif Sokrate 360, rempli en ligne avant le rendez-vous, explore neuf dimensions de votre santé, dont le tabac, l’activité physique, l’alimentation et vos antécédents familiaux ; un médecin signe votre plan personnalisé de prévention et, sauf opposition de votre part, l’adresse à votre médecin traitant, à qui revient le calcul de SCORE2 et les décisions de traitement. Un panel métabolomique de 249 biomarqueurs peut compléter ce parcours, en accord avec votre médecin. Rejoindre la liste d’attente.