Les acides gras circulants reflètent les graisses consommées au cours des semaines précédentes. Un bilan par résonance magnétique nucléaire (RMN) quantifie les acides gras totaux, saturés, mono-insaturés et polyinsaturés, dont les oméga-3 (avec le DHA) et les oméga-6 (avec l’acide linoléique). La littérature soutient une alimentation riche en poissons et en huiles végétales insaturées, bien plus que les compléments.

Quelles sont les familles d’acides gras et à quoi servent-elles ?

Les acides gras sont les briques des graisses alimentaires et des membranes de nos cellules. On les classe selon leur structure chimique : saturés, mono-insaturés, polyinsaturés, ces derniers se divisant en oméga-6 et oméga-3 selon la position de leur première double liaison. Deux d’entre eux, l’acide linoléique (oméga-6) et l’acide alpha-linolénique (oméga-3), sont dits essentiels : l’organisme ne sait pas les fabriquer, ils doivent venir de l’alimentation.

FamilleExemplesSources alimentaires principalesRepère ANSES (adulte, pour 2 000 kcal par jour)
SaturésAcides palmitique, myristique, laurique, stéariqueBeurre, fromages, charcuteries, viandes grasses, huiles de palme et de coco, produits ultratransformésAu plus 12 % de l’énergie, dont au plus 8 % pour les acides laurique, myristique et palmitique
Mono-insaturésAcide oléique (oméga-9)Huile d’olive, huile de colza, avocat, fruits à coque15 à 20 % de l’énergie
Polyinsaturés oméga-6Acide linoléique (LA), acide arachidoniqueHuiles de tournesol, de maïs, de pépins de raisin, de soja ; viandes, œufsAcide linoléique : 4 % de l’énergie
Polyinsaturés oméga-3Acide alpha-linolénique (ALA) ; EPA et DHA à longue chaîneALA : huiles de colza, de noix, de lin, graines ; EPA et DHA : poissons gras (sardine, maquereau, hareng, saumon, truite)ALA : 1 % de l’énergie ; EPA + DHA : 500 mg par jour, dont 250 mg de DHA
TransAcides gras trans industrielsCertaines matières grasses hydrogénées, produits industrielsOMS : moins de 1 % de l’énergie

Les repères de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) fixent la part des lipides entre 35 et 40 % de l’apport énergétique ; ils ne définissent pas de rapport oméga-6/oméga-3 cible, mais des apports de référence distincts pour chaque famille. L’Organisation mondiale de la santé recommande de limiter les graisses totales à 30 % de l’énergie ou moins, les saturées à moins de 10 % et les trans à moins de 1 %, et de préférer les graisses insaturées, présentes dans le poisson, l’avocat et les fruits à coque, et dans les huiles de tournesol, de soja, de colza et d’olive (fiche « Alimentation saine », janvier 2026).

Pourquoi ces familles comptent : les saturés en excès élèvent le cholestérol LDL, les polyinsaturés l’abaissent quand ils les remplacent, et l’Assurance Maladie relève que les oméga-3 favorisent une diminution des triglycérides et de la pression artérielle chez les personnes hypertendues.

Qu’est-ce que l’index oméga-3 et que vaut-il comme marqueur ?

L’index oméga-3 est la part d’EPA et de DHA dans les acides gras des membranes des globules rouges, exprimée en pourcentage. Proposé en 2004 par Harris et von Schacky dans Preventive Medicine comme « nouveau facteur de risque de décès coronarien », il reflète les apports des deux à trois mois précédents. Les auteurs ont proposé deux zones : un index supérieur à 8 % associé au risque le plus bas, inférieur à 4 % au risque le plus élevé.

Une analyse regroupant 17 cohortes prospectives et 42 466 personnes (15 720 décès pendant le suivi), publiée dans Nature Communications en 2021, a montré que les personnes du cinquième le plus élevé de taux sanguins d’EPA et de DHA avaient un risque de décès toutes causes inférieur d’environ 13 % à celles du cinquième le plus bas (rapport de risque 0,87), avec des associations inverses pour les décès cardiovasculaires, par cancer et d’autres causes ; l’acide alpha-linolénique d’origine végétale n’était pas associé à la mortalité (Harris et al.). Ces données sont observationnelles : un taux élevé accompagne une meilleure santé, sans prouver qu’un comprimé la produirait.

L’index oméga-3 est peu dosé en France en routine. Il ne figure pas, en tant que tel, dans les panels RMN, qui mesurent les acides gras du plasma et non des globules rouges : les deux sont corrélés mais ne sont pas interchangeables.

Que mesure la métabolomique RMN dans les acides gras du sang ?

Le panel de métabolomique RMN de Nightingale Health quantifie, sur un seul prélèvement, les acides gras totaux et leur répartition : saturés, mono-insaturés, polyinsaturés, oméga-3, oméga-6, acide docosahexaénoïque (DHA) et acide linoléique, en concentration absolue et en pourcentage des acides gras totaux, ainsi que le degré d’insaturation moyen (Julkunen et al., Nature Communications, 2023). Ces mesures portent sur l’ensemble des lipides du plasma ou du sérum, c’est-à-dire sur les acides gras transportés par les lipoprotéines décrites dans notre article sur le cholestérol et les lipoprotéines.

Mesure RMNCe qu’elle indiqueLecture en prévention
Acides gras totauxLa quantité globale de graisses circulantesSuit les triglycérides et le poids
Saturés (concentration et %)La part des graisses saturéesReflet des apports en produits animaux gras et ultratransformés ; associé au LDL
Mono-insaturés (%)La part d’acide oléique surtoutÉlevée quand la synthèse hépatique de graisses est stimulée (sucres, alcool, insulinorésistance) ; associée à un risque plus élevé dans les cohortes (Würtz et al., 2015)
Polyinsaturés (%)Oméga-6 et oméga-3 réunisUne part élevée est associée à un risque cardiométabolique plus bas
Oméga-6 et acide linoléiqueApports en huiles végétalesAssociés à un risque plus bas d’événements cardiovasculaires (Würtz et al., 2015) et de diabète (Buergel et al., 2022)
Oméga-3 et DHAApports en poissons gras et, pour partie, conversion de l’ALALe DHA était associé à un risque plus bas d’événements cardiovasculaires (Würtz et al., 2015) et de diabète (Buergel et al., 2022)

Ce que la RMN ne fait pas : elle ne distingue pas l’EPA du DHA (elle mesure le DHA et les oméga-3 totaux) et ne mesure pas l’index oméga-3 des globules rouges. Ce qu’elle apporte : une lecture de l’alimentation récente, comparable d’un prélèvement à l’autre. Nous expliquons la technique dans l’article sur la métabolomique RMN et la place des acides gras parmi les autres biomarqueurs sanguins.

Que dit la littérature sur les oméga-3, les oméga-6 et le risque cardiovasculaire ?

La littérature converge sur trois points : remplacer les graisses saturées par des polyinsaturées réduit les événements cardiovasculaires ; manger du poisson une à deux fois par semaine est associé à un risque plus bas ; les compléments d’oméga-3 n’ont pas démontré de bénéfice en prévention primaire dans la population générale.

  • Le remplacement des saturés. L’avis présidentiel de l’American Heart Association de 2017 (Circulation) conclut que, dans les essais randomisés, remplacer les graisses saturées par des huiles végétales polyinsaturées a réduit les maladies cardiovasculaires d’environ 30 %, alors que les remplacer par des glucides raffinés et des sucres n’apporte rien. Cet avis ne retient pas d’effet défavorable des oméga-6 : l’acide linoléique des huiles végétales fait partie des graisses dont le bénéfice est documenté.
  • Les acides gras mesurés dans le sang. Dans trois cohortes de population (13 441 personnes, 1 741 événements), le profilage RMN a identifié des taux plus élevés d’oméga-6 et de DHA associés à un risque cardiovasculaire plus bas, et des taux plus élevés d’acides gras mono-insaturés et de phénylalanine associés à un risque plus élevé (Würtz et al., Circulation, 2015).
  • Le poisson. L’avis scientifique de l’American Heart Association de 2018 recommande une à deux portions de produits de la mer par semaine pour réduire le risque d’insuffisance cardiaque, de maladie coronarienne, d’accident vasculaire cérébral ischémique et de mort subite, « surtout lorsque le poisson remplace des aliments moins sains » (Rimm et al.). L’ANSES, citée par l’Assurance Maladie, recommande deux portions de poisson par semaine, dont une riche en EPA et DHA (saumon, sardine, maquereau, hareng, truite fumée), en variant les espèces et les origines pour limiter l’exposition au méthylmercure et aux PCB.

Ces effets s’inscrivent dans le risque global décrit par le score SCORE2 et dans une prévention cardiovasculaire d’ensemble ; les acides gras y sont un levier alimentaire, pas un traitement.

Alimentation ou compléments : quelle position raisonnable en 2026 ?

Notre position, médecins, est celle des sociétés savantes : l’alimentation d’abord, les compléments dans des indications précises décidées avec un médecin. L’avis scientifique de l’American Heart Association de 2017 sur les compléments d’huile de poisson relève que leur effet sur la prévention primaire des événements cardiovasculaires dans la population générale n’a pas été étudié dans des essais dédiés, et réserve une supplémentation raisonnable à certains patients ayant déjà une maladie coronarienne ou une insuffisance cardiaque, sur avis médical (Siscovick et al.). Des essais plus récents chez des personnes à haut risque, avec de fortes doses d’EPA purifié, ont donné des résultats discordants.

Pourquoi le poisson fait mieux que la gélule, probablement : il remplace d’autres aliments et s’inscrit dans un modèle alimentaire, méditerranéen ou proche, dont le bénéfice est établi. Nos repères concrets sont dans l’alimentation en prévention.

La question du complément se pose légitimement, avec le médecin, chez une personne qui ne mange jamais de poisson, en cas de triglycérides très élevés et pendant la grossesse et l’allaitement, où le DHA a un rôle documenté pour le nourrisson.

Quelles sont les limites d’un bilan des acides gras ?

Un bilan des acides gras est un reflet partiel et récent de l’alimentation, sans seuils cliniques établis, dont l’intérêt principal est le suivi dans le temps. Cinq limites à connaître.

  1. Il reflète les dernières semaines. Un repas de poisson la veille modifie le résultat ; prélever dans des conditions comparables d’une fois sur l’autre.
  2. Il ne mesure pas seulement l’alimentation. La part des mono-insaturés dépend de la synthèse hépatique, elle-même liée aux sucres, à l’alcool et à la résistance à l’insuline ; l’écart avec l’apport alimentaire est en soi une information, à lire avec la glycémie et l’HbA1c.
  3. Pas de valeurs normales consensuelles. Les pourcentages RMN s’interprètent par comparaison avec les distributions des cohortes et avec ses propres résultats antérieurs, pas par rapport à une norme.
  4. Association n’est pas causalité. Le DHA bas des cohortes à risque peut être un témoin du mode de vie plutôt qu’un acteur ; c’est ce qui explique que les compléments ne reproduisent pas les bénéfices observés.
  5. Il ne décide de rien seul. Un profil d’acides gras se lit avec les lipoprotéines, l’inflammation de bas grade, la glycémie et les habitudes déclarées ; il oriente un conseil alimentaire, jamais un traitement.

C’est ainsi que nous l’utilisons, dans la logique de la santé personnalisée : un marqueur de suivi de ce que la personne a choisi de changer.

À retenir

  • Saturés, mono-insaturés, polyinsaturés oméga-6 et oméga-3 : l’ANSES fixe des repères distincts pour chaque famille (EPA + DHA : 500 mg par jour) et aucun rapport oméga-6/oméga-3 cible.
  • L’index oméga-3 (EPA + DHA des globules rouges) est un marqueur d’exposition ; des taux sanguins élevés sont associés à une mortalité plus basse dans 17 cohortes (Harris et al., 2021), sans preuve de causalité.
  • La RMN mesure acides gras totaux, saturés, mono-insaturés, polyinsaturés, oméga-3, oméga-6, DHA et acide linoléique, en concentration et en pourcentage, sans seuils cliniques.
  • Remplacer les graisses saturées par des huiles insaturées réduit les événements cardiovasculaires d’environ 30 % dans les essais (AHA 2017) ; une à deux portions de poisson par semaine sont recommandées.
  • Les compléments d’oméga-3 n’ont pas démontré de bénéfice en prévention primaire ; leur indication se discute avec un médecin.

Ce que Sokrate vous permet de faire

Le service Sokrate prépare votre bilan de prévention en ligne avec un questionnaire adaptatif qui documente vos habitudes alimentaires, puis un médecin rédige et signe votre plan personnalisé de prévention, transmis à votre médecin traitant sauf opposition. En option, une analyse métabolomique RMN de 249 biomarqueurs, réalisée sur la plateforme de Nightingale Health, inclut le profil complet des acides gras, interprété par un médecin à côté de vos lipoprotéines, de votre glycémie et de GlycA, puis suivi dans le temps. Une infirmière de coordination vous accompagne. Rejoignez la liste d’attente ou découvrez comment fonctionne le parcours.