La prévention cardiovasculaire consiste à réduire la probabilité d’infarctus, d’accident vasculaire cérébral (AVC) ou de décès d’origine cardiaque en agissant sur les facteurs de risque modifiables : tabac, hypertension, cholestérol, diabète, surpoids, sédentarité, alimentation et alcool. L’âge, le sexe et l’hérédité ne se modifient pas, mais ils fixent l’intensité de la prévention à mettre en place.

Qu’est-ce que la prévention cardiovasculaire et pourquoi compte-t-elle ?

La prévention cardiovasculaire regroupe les mesures qui empêchent ou retardent les maladies du cœur et des artères, avant tout accident (prévention primaire) ou après un premier événement pour éviter la récidive (prévention secondaire). Cet article traite de la prévention primaire, chez l’adulte sans maladie cardiovasculaire connue.

Selon l’OMS, 19,8 millions de personnes sont mortes de maladies cardiovasculaires dans le monde en 2022, soit environ 32 % de l’ensemble des décès, et « la plupart des maladies cardiovasculaires peuvent être prévenues en agissant sur les facteurs de risque comportementaux et environnementaux » (fiche du 31 juillet 2025). En France, Santé publique France les situe au deuxième rang des causes de mortalité après les tumeurs, à l’origine d’environ un décès sur cinq et d’environ un million d’hospitalisations chaque année. La Fédération française de cardiologie (FFC) parle de « 400 décès par jour » et rappelle que ces maladies « demeurent la première cause de mortalité chez les femmes ».

Ces maladies se développent en silence, par athérosclérose : le dépôt progressif de plaques dans la paroi des artères, alimenté pendant des décennies par les facteurs de risque. C’est ce délai qui donne toute sa place à la prévention.

Quels sont les 7 facteurs de risque cardiovasculaire ?

La liste des « 7 facteurs de risque cardiovasculaire » associe généralement trois facteurs non modifiables, l’âge, le sexe et les antécédents familiaux, à quatre facteurs modifiables majeurs, le tabac, l’hypertension artérielle, l’excès de cholestérol et le diabète. Les sources officielles françaises en comptent davantage : la FFC retient six facteurs modifiables principaux et l’Assurance Maladie une liste plus longue encore.

Non modifiables (Assurance Maladie)Modifiables principaux (FFC)Autres facteurs et modificateurs (Assurance Maladie, Santé publique France)
Âge : la probabilité d’accident augmente nettement après 50 ans chez l’homme et 60 ans chez la femmeTabac, « première cause de mortalité cardiovasculaire en France »Surpoids (IMC supérieur à 25) et obésité (IMC supérieur à 30) ; tour de taille de 80 cm ou plus chez la femme, 94 cm ou plus chez l’homme
Sexe : les femmes sont relativement protégées jusqu’à la ménopause ; après 60 ans, le risque rejoint celui des hommesHypertension artérielle (pression égale ou supérieure à 140/90 mmHg)Syndrome métabolique, triglycérides élevés
Antécédents familiaux : infarctus ou mort subite avant 55 ans chez un parent homme, avant 65 ans chez une parente ; AVC avant 45 ansExcès de cholestérolAlcool, stress, dépression, troubles du sommeil, consommation de drogues
DiabètePollution de l’air, maladie rénale chronique, complications de la grossesse
Sédentarité (moins de 30 minutes d’activité par jour)
Stress

Une phrase de l’Assurance Maladie résume l’essentiel : « les facteurs de risque cardiovasculaire ne s’additionnent pas, mais ils se potentialisent ». Deux facteurs modérés pèsent souvent plus qu’un seul, même sévère. L’étude internationale INTERHEART (Yusuf et al., The Lancet, 2004), menée dans 52 pays chez 15 152 personnes ayant présenté un infarctus et 14 820 témoins, a montré que neuf facteurs, tabac, hypertension, diabète, obésité abdominale, alimentation, activité physique, alcool, apolipoprotéines sanguines et facteurs psychosociaux, expliquaient ensemble 90 % du risque attribuable d’infarctus chez les hommes et 94 % chez les femmes. La quasi-totalité du risque tient donc à des facteurs sur lesquels on peut agir.

Comment connaître son niveau de risque avant d’agir ?

Le niveau de risque se mesure avec un score validé, SCORE2 chez les 40-69 ans et SCORE2-OP chez les 70-89 ans, publiés en 2021 par la Société européenne de cardiologie (ESC), qui estiment la probabilité à 10 ans d’un événement cardiovasculaire mortel ou non à partir de cinq données : âge, sexe, tabagisme, pression artérielle systolique et cholestérol non-HDL. La France utilise les tables de la région à bas risque.

Trois mesures alimentent le calcul : pression artérielle récente, bilan lipidique et, en complément, glycémie à jeun. Les recommandations européennes de 2021 classent ensuite le risque en « faible à modéré », « élevé » ou « très élevé », avec des seuils qui dépendent de l’âge, et considèrent d’emblée à risque élevé ou très élevé les personnes qui ont déjà une maladie cardiovasculaire, un diabète, une maladie rénale chronique ou une hypercholestérolémie familiale. Elles invitent aussi le médecin à tenir compte de « modificateurs de risque » absents du score, comme le stress psychosocial ou certaines maladies inflammatoires. Le mode de calcul, les seuils et leurs limites sont détaillés dans notre article sur le risque cardiovasculaire à 10 ans.

Quels leviers de prévention cardiovasculaire sont validés, et avec quel effet ?

Six leviers ont un effet démontré sur les événements cardiovasculaires : l’arrêt du tabac, l’activité physique, l’alimentation de type méditerranéen, la maîtrise de l’alcool, le contrôle de la pression artérielle et du cholestérol, et la prévention ou le bon contrôle du diabète. Les ordres de grandeur ci-dessous proviennent de sources officielles ou d’essais publiés ; ils décrivent des populations, pas votre cas.

LevierRepère pratiqueOrdre de grandeur sourcé
Arrêt du tabacSubstituts nicotiniques, accompagnement (Tabac info service, tabacologue)« Après un an sans tabac, le risque d’infarctus du myocarde diminue de moitié » ; le risque d’AVC « rejoint celui d’un non-fumeur » (Assurance Maladie)
Activité physiqueAu moins 150 minutes par semaine d’intensité modérée (OMS) ; 150 à 300 minutes selon l’ESC 2021 ; « au moins l’équivalent d’une demi-heure de marche rapide par jour » (Assurance Maladie)31 % des adultes dans le monde étaient inactifs en 2022 (OMS)
AlimentationAu moins 5 fruits et légumes par jour, poisson au moins 2 fois par semaine, charcuterie limitée à 150 g par semaine, moins de sel (Assurance Maladie) ; régime méditerranéen recommandé par l’ESCEssai PREDIMED (Estruch et al., NEJM, 2018) : 7 447 participants de 55 à 80 ans, suivi médian 4,8 ans ; événements cardiovasculaires majeurs réduits, rapport de risque 0,69 avec huile d’olive vierge extra et 0,72 avec fruits à coque
AlcoolNe pas dépasser 10 verres standard par semaine ni 2 par jour (Assurance Maladie)—
Pression artérielleHypertension à partir de 140/90 mmHg (Assurance Maladie) ; automesure à domicile ; traitement selon le risque global (ESC 2021)Cibles individualisées, non chiffrées ici
CholestérolBilan lipidique ; cibles de LDL d’autant plus basses que le risque est élevé (ESC 2021)Cibles à discuter avec le médecin, non chiffrées ici
DiabèteGlycémie à jeun après 45 ans en présence d’un facteur de risque (HAS)Dans le Diabetes Prevention Program (Knowler et al., NEJM, 2002), une intervention sur le mode de vie a réduit de 58 % l’incidence du diabète à 2,8 ans chez des adultes à haut risque
Poids, stress, sommeilTour de taille, gestion du stress, sommeil de qualité (FFC, Assurance Maladie)—

Le tabac est le levier le plus rapide, comme nous l’expliquons dans notre article sur l’arrêt du tabac ; l’activité physique le plus transversal, car elle agit sur la tension, le cholestérol, la glycémie, le poids, le sommeil et l’humeur (voir l’activité physique en prévention). Le cholestérol fait l’objet d’un article dédié sur le cholestérol et les lipoprotéines, et le diabète d’un autre sur la prévention du diabète de type 2.

Que peut apporter le bilan de prévention à 45-50 ans ?

Le bilan de prévention proposé entre 45 et 50 ans inclus est le moment naturel pour faire le point sur son risque cardiovasculaire : la prévention des maladies cardiovasculaires est l’un de ses thèmes officiels, et les facteurs de risque sont à cet âge souvent installés mais encore réversibles.

C’est un entretien de 30 à 45 minutes avec un médecin, un infirmier, un pharmacien ou une sage-femme, pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, sans avance de frais. Un autoquestionnaire rempli avant le rendez-vous passe en revue tabac, alcool, alimentation, activité physique, sommeil, stress et antécédents ; l’entretien fixe un ou deux sujets prioritaires dans un plan personnalisé de prévention (PPP) transmis au médecin traitant, sauf opposition. Le bilan ne comprend pas de prise de sang, mais le professionnel oriente vers le médecin traitant pour la mesure de la pression artérielle, le bilan lipidique et la glycémie qui permettent de calculer SCORE2. Le déroulé complet est décrit dans le bilan de prévention à 45-50 ans et le dispositif dans le guide du bilan de prévention.

Que peut apporter un test de précision comme la métabolomique ?

Un panel métabolomique par résonance magnétique nucléaire mesure, à partir d’un prélèvement, 249 biomarqueurs : lipoprotéines par classe et par taille, acides gras, acides aminés, inflammation (GlycA). Il ne remplace pas SCORE2 ; il détaille ce que le score résume dans un seul chiffre de cholestérol non-HDL.

Dans la cohorte britannique UK Biobank, ces biomarqueurs ont été reliés à plus de 700 maladies chez 118 461 participants (Julkunen et al., Nature Communications, 2023), et un profil métabolomique a amélioré la prédiction à 10 ans de plusieurs maladies courantes, dont l’insuffisance cardiaque, par rapport aux variables cliniques (Buergel et al., Nature Medicine, 2022). Ces résultats valent à l’échelle d’une population de recherche ; aucune recommandation n’intègre à ce jour la métabolomique au calcul du risque individuel. Son apport, discuté avec le médecin, se situe lorsque le risque est intermédiaire ou pour suivre l’effet des changements engagés. Nous détaillons la technique dans la métabolomique RMN et les marqueurs dans le guide des biomarqueurs sanguins.

Quand consulter ?

Sans symptôme, consultez pour faire le point à 45-50 ans, et plus tôt si vous fumez, si vous êtes en surpoids, si votre tension ou votre glycémie n’ont jamais été mesurées, ou si un parent proche a présenté un infarctus ou une mort subite avant 55 ans (homme) ou 65 ans (femme), ou un AVC avant 45 ans. Les femmes ayant eu une hypertension ou un diabète pendant une grossesse ont aussi intérêt à en parler à leur médecin : Santé publique France cite ces complications parmi les facteurs de risque. Une pression artérielle mesurée régulièrement est le geste de prévention le plus simple.

En urgence, une douleur thoracique intense, une gêne respiratoire brutale, ou des signes d’AVC (déformation du visage, faiblesse d’un bras, trouble de la parole) imposent d’appeler immédiatement le 15. Aucun test, aucun score ne doit retarder l’appel.

À retenir

  • Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité mondiale (19,8 millions de décès en 2022, OMS) et la deuxième en France ; la plupart sont évitables en agissant sur les facteurs de risque.
  • Trois facteurs ne se modifient pas (âge, sexe, hérédité) ; tabac, hypertension, cholestérol, diabète, sédentarité, surpoids, alimentation, alcool et stress se modifient, et « se potentialisent » plutôt que de s’additionner.
  • Les leviers validés ont des effets mesurés : infarctus divisé par deux un an après l’arrêt du tabac (Assurance Maladie), événements cardiovasculaires réduits sous régime méditerranéen (PREDIMED), au moins 150 minutes d’activité modérée par semaine (OMS).
  • Le bilan de prévention à 45-50 ans, pris en charge à 100 %, permet de repérer les facteurs de risque et d’obtenir les mesures nécessaires au calcul de SCORE2 ; la métabolomique peut affiner la lecture, sans remplacer le score.
  • Douleur thoracique ou signes d’AVC : appelez le 15 sans attendre.

Ce que Sokrate vous permet de faire

Le service Sokrate s’intègre au bilan de prévention pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, sans avance de frais. Le questionnaire adaptatif Sokrate 360, rempli en ligne avant le rendez-vous, explore neuf dimensions de votre santé ; un médecin signe votre plan personnalisé de prévention et l’adresse à votre médecin traitant, sauf opposition de votre part. En accord avec votre médecin, un panel métabolomique de 249 biomarqueurs peut compléter le bilan lipidique classique. Rejoindre la liste d’attente.