L’inflammation chronique de bas grade est une activation discrète et durable du système immunitaire, sans infection ni blessure, associée aux maladies cardiovasculaires et métaboliques. Deux marqueurs sanguins la reflètent : la protéine C-réactive ultrasensible (CRP-us), dosée en routine, et GlycA, un signal de résonance magnétique nucléaire plus stable dans le temps. Aucun des deux ne pose de diagnostic.
Qu’est-ce que l’inflammation chronique de bas grade ?
L’inflammation est d’abord une réponse utile : face à une infection ou une blessure, le système immunitaire mobilise cellules et protéines, puis s’éteint une fois la réparation faite. L’inflammation chronique de bas grade est différente : une activation modeste mais persistante, sans cause visible, qui dure des mois ou des années. Elle ne se sent pas ; elle se mesure.
Une synthèse publiée en 2019 dans Nature Medicine par Furman et ses collègues montre que cette inflammation systémique chronique contribue à la survenue des maladies cardiovasculaires, du cancer, du diabète, de la maladie rénale chronique, de la stéatose hépatique non alcoolique et de maladies auto-immunes et neurodégénératives. Les auteurs identifient ses moteurs : l’inactivité physique, une alimentation déséquilibrée et l’obésité, le manque de sommeil, le stress psychologique, les infections chroniques et le vieillissement lui-même, un phénomène parfois appelé « inflammaging ».
Le tissu adipeux joue un rôle central : l’Inserm rappelle qu’« une des anomalies majeures du tissu adipeux associée à l’obésité est l’inflammation », et que le surpoids et l’obésité seraient responsables de 44 % des cas de diabète de type 2 et de 23 % des cas de maladies cardiaques. Le microbiote intestinal y participe aussi : une alimentation riche en graisses augmente la proportion de bactéries à Gram négatif et le passage de fragments bactériens inflammatoires, selon le dossier de l’Inserm sur le microbiote.
Comment mesure-t-on l’inflammation : CRP ultrasensible, GlycA et autres marqueurs ?
La mesure de référence en pratique courante est la protéine C-réactive (CRP), produite par le foie sous l’effet de signaux inflammatoires. Son dosage ultrasensible (CRP-us, ou hs-CRP en anglais) détecte des concentrations basses, dans la zone qui intéresse la prévention. Une déclaration scientifique conjointe de l’American Heart Association et des Centers for Disease Control publiée en 2003 a proposé trois catégories de risque cardiovasculaire relatif selon la CRP-us : inférieure à 1 mg/l, entre 1 et 3 mg/l, supérieure à 3 mg/l.
D’autres marqueurs (fibrinogène, interleukine-6) relèvent surtout de la recherche ; GlycA, mesuré par RMN, est le plus récent à entrer dans les bilans de prévention.
| CRP ultrasensible | GlycA | |
|---|---|---|
| Nature | Une protéine de la phase aiguë, produite par le foie | Un signal RMN combinant les sucres (groupements N-acétyl) portés par plusieurs protéines de la phase aiguë |
| Technique | Dosage immunologique, tout laboratoire | Spectroscopie RMN, dans le cadre d’un panel métabolomique |
| Réaction à une infection banale | Forte et rapide, retour à la normale en quelques jours | Présente mais atténuée, car intégrée sur plusieurs protéines |
| Variabilité d’un dosage à l’autre chez une même personne | Élevée : 29,2 % sur cinq semaines (Otvos et al., 2015) | Faible : 4,3 % dans la même étude |
| Recul clinique | Plus de vingt ans, catégories de risque publiées | Une décennie, associations validées dans de grandes cohortes ; pas de seuil consensuel |
| Disponibilité | Remboursée sur prescription | Non disponible isolément ; incluse dans les panels RMN |
Que mesure exactement GlycA ?
GlycA (pour « glycoprotein acetyls ») n’est pas une molécule mais un signal : la RMN détecte les groupements N-acétyl portés par les sucres fixés sur plusieurs glycoprotéines circulantes. Otvos et ses collègues ont montré en 2015 dans Clinical Chemistry que ce signal provient principalement de cinq protéines de la phase aiguë, l’α1-glycoprotéine acide, l’haptoglobine, l’α1-antitrypsine, l’α1-antichymotrypsine et la transferrine, dont les concentrations et la glycosylation augmentent avec l’inflammation. GlycA est corrélé à la CRP-us (r = 0,56), au fibrinogène (r = 0,46) et à l’interleukine-6 (r = 0,35) : il mesure le même phénomène, sous un angle plus intégré.
Sa propriété la plus intéressante est sa stabilité. Dans la même étude, la variabilité intra-individuelle sur cinq semaines était de 4,3 % pour GlycA, contre 29,2 % pour la CRP-us, 5,7 % pour le cholestérol et 18,0 % pour les triglycérides. Ritchie et ses collègues, analysant plus de 10 000 personnes dans Cell Systems en 2015, ont observé que les niveaux de GlycA restaient stables chez une même personne jusqu’à dix ans, et que les personnes en bonne santé avec un GlycA élevé présentaient une élévation de nombreuses cytokines inflammatoires et un risque accru, à long terme, d’infections sévères, en particulier de septicémie et de pneumonie. GlycA reflète donc un état inflammatoire chronique, là où une CRP isolée peut refléter un rhume de la semaine précédente.
Que dit la littérature, dont UK Biobank, sur GlycA et le risque de maladie ?
Les données sont cohérentes mais observationnelles : GlycA est associé au risque de nombreuses maladies, sans qu’on puisse affirmer qu’il en est la cause. Deux séries de travaux structurent ce que l’on sait.
- Maladies cardiovasculaires. Dans la Women’s Health Study, 27 491 femmes initialement en bonne santé ont été suivies 17,2 ans en médiane (1 648 événements cardiovasculaires). Le risque augmentait avec GlycA : par rapport au quart le plus bas, le quart le plus haut avait un rapport de risque de 1,64 dans le modèle principal. GlycA et CRP-us étaient corrélés (r = 0,61) et l’ajustement mutuel atténuait l’un et l’autre, signe qu’ils captent en grande partie le même risque (Akinkuolie et al., JAHA, 2014).
- Un éventail de maladies. Dans l’atlas des 249 biomarqueurs RMN mesurés chez 118 461 participants de UK Biobank, GlycA présentait des associations avec environ 32 % des plus de 700 maladies étudiées, ce qui en fait l’un des marqueurs les plus transversaux du panel, à côté des rapports d’acides gras (Julkunen et al., Nature Communications, 2023). Dans l’étude de prédiction multi-maladies menée sur 117 981 participants de la même cohorte, GlycA ressortait particulièrement pour le cancer du poumon et la bronchopneumopathie chronique obstructive (Buergel et al., Nature Medicine, 2022).
Ces associations « à large spectre » sont à lire avec prudence : elles indiquent qu’un état inflammatoire chronique accompagne, ou précède, beaucoup de maladies, pas que GlycA en soit un marqueur spécifique. C’est ce qui le rend intéressant comme indicateur de terrain dans un panel de biomarqueurs sanguins, et peu utile isolément pour orienter vers une maladie précise.
Quel est le lien entre inflammation de bas grade, maladies cardiovasculaires et métaboliques ?
L’inflammation intervient à chaque étape de l’athérosclérose : les LDL qui s’accumulent dans la paroi artérielle sont modifiées chimiquement, ce qui attire des macrophages et entretient une réaction locale ; les plaques les plus inflammatoires sont aussi les plus instables. L’inflammation systémique mesurée dans le sang reflète en partie cette activité, en partie celle du tissu adipeux et d’autres organes. Nous détaillons le rôle des particules porteuses de cholestérol dans l’article sur le cholestérol et les lipoprotéines.
Sur le plan métabolique, l’inflammation du tissu adipeux perturbe l’action de l’insuline : l’Inserm décrit comment, dans l’obésité, « l’insuline, l’hormone qui régule le taux sanguin de glucose, n’agit plus correctement ». Inflammation de bas grade, résistance à l’insuline et trajectoire vers le diabète de type 2 s’entretiennent mutuellement, ce que nous abordons dans l’article sur la glycémie, l’HbA1c et le prédiabète. Le lien de causalité a été testé : des essais de traitements anti-inflammatoires ciblés chez des patients ayant déjà fait un infarctus ont réduit les récidives, sans que ces traitements aient de place en prévention chez la personne en bonne santé.
Enfin, l’inflammation chronique est une des composantes de ce que captent les horloges d’âge biologique et les scores d’âge métabolomique : voir notre article sur l’âge métabolique.
Qu’est-ce qui réduit l’inflammation chronique ?
Ce qui réduit l’inflammation chronique est, pour l’essentiel, ce qui réduit ses causes : l’inactivité, l’excès de masse grasse, une alimentation déséquilibrée, le tabac, le manque de sommeil et le stress chronique. Aucun de ces leviers n’agit sur l’inflammation seule ; c’est leur intérêt.
- L’activité physique. Furman et al. rappellent que le manque d’exercice est une cause majeure de maladies chroniques et que l’exercice réduit les marqueurs inflammatoires. Une étude de 2026 sur UK Biobank (Miras-Moreno et al., Circulation: Genomic and Precision Medicine) a identifié la signature métabolomique d’une bonne capacité cardiorespiratoire : elle se caractérise par une baisse des voies inflammatoires et de la dysfonction métabolique, et elle est associée, sur neuf ans, à un risque de mortalité toutes causes réduit de 39 à 54 % et à moins de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires. La HAS met à disposition des médecins un guide de consultation et de prescription d’activité physique, actualisé en novembre 2025 ; les repères de l’Organisation mondiale de la santé pour les adultes portent sur une activité d’endurance modérée hebdomadaire et du renforcement musculaire. Voir l’activité physique en prévention.
- L’alimentation et le poids. Une alimentation riche en fibres, en fruits et légumes, en légumineuses, en huiles insaturées et en poissons, de type méditerranéen, et la réduction des aliments ultratransformés vont dans le sens d’une inflammation plus basse, notamment par le microbiote (Inserm). La perte de poids en cas d’excès de masse grasse réduit l’inflammation du tissu adipeux. Nos repères sont dans l’alimentation en prévention.
- Le tabac, le sommeil, le stress. L’arrêt du tabac, un sommeil suffisant et régulier et la prise en charge d’un stress chronique font partie des leviers identifiés par la littérature ; Furman et al. montrent que la privation partielle de sommeil active des voies cellulaires pro-inflammatoires.
Quelles sont les limites d’un marqueur d’inflammation ?
Un marqueur d’inflammation est non spécifique, sensible aux épisodes aigus et statistique : il renseigne sur un terrain, pas sur une maladie. Cinq limites à garder en tête.
- Il ne dit pas d’où vient l’inflammation. Infection latente, parodontite, tissu adipeux, maladie articulaire, tabac : le chiffre est le même.
- Un dosage isolé peut être trompeur. Une CRP-us mesurée pendant un rhume, après une blessure ou un effort intense reflète l’épisode ; GlycA est plus stable mais pas insensible. Répéter la mesure à distance est la règle.
- Il n’y a pas de seuil consensuel pour GlycA. Les associations sont établies par quartiles dans des cohortes ; aucune recommandation ne fixe de valeur « normale », et nous n’en donnons pas.
- Association n’est pas causalité. Un marqueur élevé accompagne un risque ; le faire baisser artificiellement ne le réduit pas forcément.
- Il ne modifie pas seul une décision de traitement. Les recommandations européennes fondent la décision sur le risque global estimé par SCORE2 ; un marqueur d’inflammation peut affiner la discussion, il ne la remplace pas.
C’est dans ce cadre que nous l’utilisons : un indicateur de terrain parmi 249 mesures, interprété avec la personne, dans la logique de la santé personnalisée. La technique de mesure est décrite dans notre article sur la métabolomique RMN.
À retenir
- L’inflammation chronique de bas grade est silencieuse et associée aux maladies cardiovasculaires, métaboliques, rénales et neurodégénératives (Furman et al., 2019).
- La CRP ultrasensible est le marqueur de routine ; GlycA, mesuré par RMN, intègre plusieurs protéines de la phase aiguë et varie beaucoup moins d’un dosage à l’autre (4,3 % contre 29,2 %).
- GlycA est associé au risque cardiovasculaire (Women’s Health Study) et à près d’un tiers des maladies étudiées dans UK Biobank : un indicateur de terrain, pas un marqueur spécifique.
- Activité physique, alimentation de type méditerranéen, poids, tabac, sommeil et stress sont les leviers ; aucun complément n’a fait ses preuves chez la personne en bonne santé.
- Un marqueur d’inflammation ne pose pas de diagnostic et ne décide pas seul d’un traitement.
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