Le prédiabète est une glycémie à jeun supérieure à la normale mais inférieure au seuil du diabète : un signal précoce et réversible, que la Haute Autorité de santé (HAS) propose de dépister par une glycémie veineuse à jeun dès 45 ans en présence d’un facteur de risque. L’HbA1c reflète la glycémie moyenne des deux à trois mois précédents.

Qu’est-ce que le prédiabète ?

Le prédiabète, ou anomalie de la glycorégulation, est un état intermédiaire où la glycémie est au-dessus des valeurs considérées comme normales sans atteindre le seuil qui définit le diabète. Ce n’est pas une maladie mais un facteur de risque : le référentiel de la HAS sur la prévention et le dépistage du diabète de type 2 (2014) le décrit comme la première des trois phases de l’évolution de la maladie, suivie d’une phase asymptomatique d’une dizaine d’années, puis de la phase clinique avec ses complications.

Le diabète est défini par l’Assurance Maladie comme « une maladie chronique caractérisée par la présence d’un excès de sucre dans le sang appelé hyperglycémie ». En France, en 2022, plus de 4,3 millions de personnes étaient traitées pour un diabète, soit 6,3 % de la population (Assurance Maladie) et, selon une enquête de 2016 citée par l’Inserm, près d’un quart des personnes atteintes ne se savaient pas concernées.

Le prédiabète recouvre deux situations, définies par l’OMS en 2006 et reprises par la HAS :

  • l’hyperglycémie modérée à jeun : glycémie comprise entre 1,10 g/l (6,1 mmol/l) et 1,25 g/l (6,9 mmol/l) après huit heures de jeûne, vérifiée à deux reprises ;
  • l’intolérance au glucose : glycémie comprise entre 1,40 g/l et 1,99 g/l deux heures après l’ingestion de 75 g de glucose.

Le référentiel HAS relève que le prédiabète est associé à un risque ultérieur accru d’accident vasculaire cérébral ; sa caractéristique principale reste d’être réversible.

Glycémie à jeun, HbA1c, test de charge en glucose : que mesure chaque examen ?

Trois examens explorent la régulation du sucre, avec des fenêtres de temps différentes : la glycémie à jeun photographie l’instant, l’HbA1c résume les deux à trois mois écoulés, le test de charge mesure la réponse à un apport de glucose.

ExamenCe qu’il mesureConditionsSeuils de référencePlace en France
Glycémie veineuse à jeunLe glucose dans le plasma à un instant donnéJeûne de 8 heuresNormale inférieure à 1,10 g/l ; prédiabète 1,10 à 1,25 g/l ; diabète 1,26 g/l (7 mmol/l) ou plus, vérifié à deux reprisesTest de dépistage recommandé par la HAS
HbA1c (hémoglobine glyquée)La part de l’hémoglobine liée au glucose, reflet de la glycémie moyenne des 2 à 3 mois précédentsPas de jeûne nécessaireDiabète 6,5 % ou plus et prédiabète 5,7 à 6,4 % selon l’American Diabetes Association (2010) ; non retenue pour le dépistage en FranceSuivi des personnes diabétiques, avec une cible individualisée
Test de tolérance au glucoseLa glycémie 2 heures après l’ingestion de 75 g de glucoseÀ jeun, en laboratoire, 2 heuresIntolérance 1,40 à 1,99 g/l ; diabète 2 g/l ou plusDépistage du diabète gestationnel ; situations particulières

Deux précisions sur l’HbA1c. Elle peut être faussée par ce qui modifie la durée de vie des globules rouges ou l’hémoglobine (anémie, hémoglobinopathies, insuffisance rénale, grossesse). Et si l’American Diabetes Association l’a admise comme outil diagnostique en 2010, le référentiel HAS rappelle qu’en France il n’est pas recommandé de doser l’hémoglobine glyquée pour dépister un diabète : le test de dépistage est la glycémie veineuse à jeun. Chez une personne diabétique, en revanche, l’HbA1c est l’outil de suivi, avec une cible fixée avec le médecin selon l’âge et la situation.

Quels sont les facteurs de risque du diabète de type 2 ?

Le diabète de type 2 résulte d’une résistance progressive des tissus à l’insuline puis d’un épuisement de sa sécrétion. Le référentiel HAS distingue les facteurs de risque dont le lien causal est démontré des simples marqueurs de risque.

Facteurs de risque à lien causal démontré (HAS 2014)Marqueurs de risque, association sans causalité démontrée (HAS 2014)
Âge de plus de 45 ansHypertension artérielle
Origine non caucasienne, ou migrante ayant adopté un mode de vie occidentalDyslipidémie (HDL bas ou triglycérides élevés)
Surpoids (IMC supérieur à 28 kg/m²)Tabagisme chronique
Sédentarité
Antécédent familial de diabète chez un apparenté du premier degré
Antécédent de diabète gestationnel, ou d’accouchement d’un enfant de faible poids de naissance
État de prédiabète

L’Assurance Maladie ajoute des repères concrets : indice de masse corporelle de 25 kg/m² ou plus, tour de taille d’au moins 94 cm chez l’homme et 80 cm chez la femme, moins de 30 minutes d’activité physique par jour, naissance d’un enfant de plus de 4 kg. La HAS propose par ailleurs d’utiliser un questionnaire validé tel que le FINDRISK pour repérer les personnes à risque : c’est ce type d’outil qu’un bilan de prévention à 45-50 ans met en œuvre.

Qui doit se faire dépister, et à quel rythme, selon la HAS ?

La HAS recommande un dépistage dit « opportuniste ciblé », c’est-à-dire proposé à l’occasion d’un contact avec le système de soins, aux hommes et aux femmes de 45 ans et plus présentant au moins un des facteurs de risque ci-dessus. Le test est la glycémie veineuse à jeun ; un résultat au-dessus du seuil est confirmé par un second dosage.

Le rythme dépend du résultat (référentiel HAS 2014) :

  • glycémie inférieure à 1,10 g/l : ni diabète ni prédiabète ; nouveau dépistage tous les 3 ans, ou entre 1 et 3 ans pour les personnes cumulant plusieurs facteurs de risque ;
  • glycémie comprise entre 1,10 et 1,25 g/l : prédiabète ; contrôle des facteurs de risque modifiables (alimentation, activité physique, poids) et nouveau dépistage 1 an plus tard ;
  • glycémie de 1,26 g/l ou plus, confirmée par un second dosage : diabète ; prise en charge globale, dont le contrôle des facteurs de risque cardiovasculaire.

Ce dépistage s’inscrit dans le bilan de prévention aux âges clés, notamment à 45-50 ans ; la glycémie fait partie de tout bilan de biomarqueurs sanguins.

Qu’ajoute la métabolomique : glycolyse et acides aminés ramifiés ?

La métabolomique par résonance magnétique nucléaire (RMN) mesure, à côté du glucose, d’autres témoins du métabolisme énergétique et des acides aminés dont les niveaux s’écartent de la normale des années avant le diagnostic de diabète. Elle ne remplace pas la glycémie à jeun ; elle décrit la trajectoire qui y mène. Trois familles de résultats.

  • Les acides aminés à chaîne ramifiée et aromatiques. En 2011, Wang et ses collègues ont montré dans Nature Medicine, chez 2 422 participants normoglycémiques de la cohorte de Framingham suivis 12 ans (201 diabètes survenus), que cinq acides aminés, l’isoleucine, la leucine, la valine, la tyrosine et la phénylalanine, étaient associés au risque de diabète futur ; une combinaison de trois d’entre eux multipliait par plus de cinq le risque du quart le plus élevé. L’atlas UK Biobank de 2023 nuance : des acides aminés ramifiés élevés vont avec un risque plus élevé de maladies métaboliques, mais plus bas pour d’autres maladies (Julkunen et al.).
  • La glycolyse. Dans l’étude de prédiction multi-maladies menée sur 117 981 participants de UK Biobank, le glucose et le lactate dominaient la signature métabolomique du diabète de type 2, et l’ensemble du profil ajoutait une information prédictive à l’âge et au sexe pour cette maladie (Buergel et al., Nature Medicine, 2022). L’alanine était, dans l’atlas de 2023, principalement associée au risque de diabète et de ses complications.
  • Les acides gras. Dans la même étude de 2022, des niveaux plus élevés d’acide docosahexaénoïque (DHA) et d’acide linoléique étaient associés à un risque plus faible de diabète : un pont vers notre article sur les acides gras et les oméga-3.

Ce que cela change en pratique : chez une personne dont la glycémie est encore normale, un profil métabolomique orienté (acides aminés ramifiés et alanine élevés, lactate élevé, DHA bas, souvent avec un GlycA élevé et un profil de lipoprotéines évocateur d’insulinorésistance) décrit une trajectoire sur laquelle les habitudes ont le plus d’effet. Ces marqueurs n’ont pas de seuil clinique et ne posent aucun diagnostic ; ils s’interprètent avec un médecin, dans la logique décrite dans notre article sur la métabolomique RMN.

Le prédiabète est-il réversible ?

Oui, dans une large mesure : les deux essais randomisés de référence ont montré qu’un changement structuré du mode de vie réduisait de 58 % la survenue du diabète chez des personnes en prédiabète, un résultat que le référentiel HAS reprend comme fondement de la prévention.

  • Diabetes Prevention Program (États-Unis, NEJM, 2002) : 3 234 personnes à haut risque, suivies 2,8 ans en moyenne ; l’intervention intensive sur le mode de vie (objectif de 7 % de perte de poids et d’au moins 150 minutes d’activité physique par semaine) a réduit l’incidence du diabète de 58 % par rapport au placebo, contre 31 % pour la metformine (Knowler et al.).
  • Finnish Diabetes Prevention Study (Finlande, NEJM, 2001) : 522 personnes en surpoids avec intolérance au glucose, suivies 3,2 ans ; conseils individualisés sur le poids, les graisses alimentaires et l’activité physique ; incidence cumulée de 11 % contre 23 %, soit une réduction de 58 % (Tuomilehto et al.).

Le référentiel HAS cite aussi une méta-analyse de 2007 où une activité physique modérée régulière, équivalente à 2,5 heures de marche par semaine, diminuait le risque de diabète de type 2 de 30 %. L’OMS résume : poids de forme, au moins 150 minutes d’exercice modéré par semaine, alimentation pauvre en sucres et en graisses saturées, pas de tabac : « les changements de mode de vie sont le meilleur moyen de prévenir ou de retarder le diabète de type 2 ». Nos repères pratiques sont dans l’alimentation en prévention, l’activité physique et l’article dédié à la prévention du diabète de type 2.

Le bénéfice persiste tant que les habitudes persistent ; le dépistage annuel recommandé en cas de prédiabète est là pour le vérifier.

Que faire de son résultat, avec son médecin ?

Un résultat de glycémie se lit dans son contexte : conditions du jeûne, traitement en cours, infection récente, valeurs antérieures. Une valeur dans la zone du prédiabète appelle une confirmation, pas une alarme, puis une discussion sur un ou deux leviers réalistes et un contrôle à un an. Une valeur au seuil du diabète appelle un second dosage et, s’il confirme, une prise en charge globale qui inclut le cœur, la tension, les lipides et le rein.

Ce que nous voyons en consultation : le prédiabète est le moment où les efforts rapportent le plus et où ils sont les moins contraignants. C’est la logique de la santé personnalisée : repérer une trajectoire, choisir les leviers qui comptent pour cette personne, mesurer l’effet.

À retenir

  • Le prédiabète est une glycémie à jeun au-dessus de la normale sans atteindre le seuil du diabète (1,26 g/l vérifié à deux reprises) ; il précède une phase silencieuse d’une dizaine d’années.
  • La HAS recommande une glycémie veineuse à jeun chez les 45 ans et plus ayant au moins un facteur de risque, renouvelée tous les 1 à 3 ans, chaque année en cas de prédiabète ; l’HbA1c n’est pas l’outil de dépistage en France.
  • Surpoids, sédentarité, antécédent familial au premier degré, diabète gestationnel et âge sont les principaux facteurs de risque.
  • La métabolomique RMN décrit la trajectoire (acides aminés ramifiés, alanine, lactate, DHA) sans poser de diagnostic.
  • Deux essais randomisés ont réduit de 58 % la survenue du diabète par le mode de vie : le prédiabète est réversible.

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