Entre 70 et 75 ans, l’Assurance Maladie propose « Mon bilan prévention » : 30 à 45 minutes avec un professionnel de santé, pris en charge à 100 %, sans avance de frais. L’objectif est de préserver l’autonomie : prévenir les chutes et la dénutrition, surveiller la mémoire, l’audition et la vision, revoir les traitements, et repartir avec un plan personnalisé de prévention.
Qu’est-ce que le bilan de prévention pour les 70-75 ans ?
Le bilan de prévention à 70 ans est le quatrième et dernier des rendez-vous de prévention pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie aux âges clés (18-25, 45-50, 60-65 et 70-75 ans inclus). Vous pouvez le faire une fois entre 70 et 75 ans inclus, chez un médecin, un infirmier, un pharmacien ou une sage-femme. Il dure 30 à 45 minutes ; aucun dépassement d’honoraires n’est possible. L’infirmier peut le réaliser à domicile, avec des frais de déplacement facturables à l’Assurance Maladie.
Le déroulé suit les trois étapes du dispositif : un autoquestionnaire propre aux 70-75 ans rempli avant le rendez-vous (en ligne dans Mon espace santé ou en PDF), le choix ensemble d’un ou deux sujets prioritaires, puis la rédaction d’un plan personnalisé de prévention (PPP), transmis à votre médecin traitant sauf opposition.
Ce qui distingue ce bilan des précédents, c’est son objectif : l’autonomie. Nous cherchons ce qui pourrait, dans les années à venir, faire basculer une personne indépendante vers la dépendance : une chute, une perte de poids, un trouble de la mémoire, un médicament de trop, l’isolement. Il n’est pas nécessaire d’avoir fait le bilan de prévention à 60-65 ans pour bénéficier de celui-ci.
Qu’est-ce qui change quand on a 70 ans ?
À 70 ans, la plupart des personnes que nous voyons vont bien et vivent chez elles. Ce qui change, c’est la marge de sécurité : le corps récupère moins vite d’une infection, d’une hospitalisation ou d’une immobilisation, et un problème en entraîne plus facilement un autre.
Concrètement, nous observons :
- une réserve musculaire plus faible : quelques jours au lit et la force baisse visiblement ;
- un équilibre qui dépend de plus en plus de la vue, de l’oreille interne, des pieds et des médicaments ;
- un appétit qui diminue spontanément, alors que les besoins en protéines ne baissent pas ;
- une mémoire qui ralentit normalement avec l’âge, ce qu’il faut distinguer d’un trouble débutant ;
- un nombre de traitements qui augmente avec les maladies chroniques, et avec lui le risque d’effets indésirables ;
- un réseau social qui se rétrécit : retraite, veuvage, éloignement des enfants, amis malades.
Aucun de ces points n’est une fatalité : chacun se repère par des questions simples et se travaille par des actions à la portée de tous. C’est exactement le terrain du bilan de prévention.
Quels examens sanguins sont recommandés pour les personnes âgées, et à quelle fréquence ?
Il n’existe pas de « bilan sanguin annuel des 70 ans » recommandé pour tout le monde, et le bilan de prévention lui-même ne comprend pas de prise de sang. La fréquence des analyses après 70 ans dépend de vos maladies chroniques et surtout de vos traitements : c’est votre médecin traitant qui la fixe.
Ce que nous surveillons le plus souvent :
- la fonction rénale (créatinine) et les électrolytes (sodium, potassium) sous diurétiques ou médicaments de la tension, parce que le rein vieillit et que les doses doivent parfois être adaptées ;
- la glycémie ou l’hémoglobine glyquée en cas de diabète ou de facteur de risque ;
- le bilan lipidique pour situer le risque cardiovasculaire, dont l’estimation repose après 70 ans sur le score SCORE2-OP, publié en 2021 par la Société européenne de cardiologie pour les 70-89 ans ;
- la numération sanguine en cas de fatigue, d’essoufflement ou de perte de poids, pour rechercher une anémie ;
- des contrôles spécifiques imposés par certains traitements, comme le suivi d’un anticoagulant de type antivitamine K.
Le dosage systématique de la vitamine D sans facteur de risque n’est pas recommandé, mais une supplémentation est souvent discutée dans la prévention des chutes et des fractures.
Pour un examen avec analyses, l’examen de prévention en santé en centre d’examens de santé de l’Assurance Maladie (environ 2 heures, à jeun, pris en charge à 100 %) est accessible et cumulable ; voir bilan de santé gratuit : l’examen de prévention en santé.
Chutes et dénutrition : comment les prévenir après 70 ans ?
Les chutes et la dénutrition sont les deux risques que nous plaçons en tête du bilan de prévention à 70 ans : ils s’alimentent l’un l’autre et précèdent souvent la perte d’autonomie. Tous deux se repèrent par quelques questions et une pesée.
Prévenir les chutes
Une chute après 70 ans n’est jamais banale, même sans blessure : elle signale un déséquilibre entre les capacités de la personne et son environnement. Nous posons trois questions : êtes-vous tombé dans les douze derniers mois, avez-vous peur de tomber, vous sentez-vous instable en marchant. Puis nous regardons les facteurs modifiables :
- la force et l’équilibre, avec un test simple comme se lever d’une chaise et marcher quelques mètres ;
- les médicaments qui font baisser la tension ou somnoler (somnifères, anxiolytiques, certains antihypertenseurs) ;
- la vision et les pieds (chaussures, douleurs, sensibilité) ;
- le domicile : tapis, éclairage, salle de bains, escalier ;
- la vitamine D et la solidité de l’os, pour qu’une chute ne devienne pas une fracture.
Le levier le plus efficace reste l’exercice : des programmes combinant équilibre et renforcement musculaire réduisent le risque de chute. Beaucoup de communes proposent des ateliers « équilibre » ou d’activité physique adaptée.
Repérer la dénutrition
La dénutrition est fréquente et sous-estimée parce qu’elle s’installe sans bruit : moins d’appétit, repas sautés, vêtements qui flottent. Elle affaiblit les muscles, l’immunité et la cicatrisation, et augmente le risque de chute. Nous la repérons par le poids et son évolution, l’indice de masse corporelle et l’appétit.
La prévention est concrète : trois repas par jour, une source de protéines à chaque repas (œufs, laitages, poisson, viande, légumineuses), des plats enrichis plutôt que plus volumineux, une bouche et des dents en bon état, et ne pas manger seul si possible. Se peser une fois par mois et noter le chiffre est l’un des gestes de prévention les plus simples.
Mémoire et fonctions cognitives : que fait-on pendant le bilan ?
Pendant le bilan de prévention à 70-75 ans, nous parlons de la mémoire sans dramatiser : oublier un nom ou chercher ses clés fait partie du vieillissement normal ; se perdre dans un lieu connu, répéter les mêmes questions, ne plus gérer ses papiers ou ses médicaments ne l’est pas. Le bilan n’a pas pour objet de diagnostiquer un trouble cognitif, mais de repérer une plainte ou une inquiétude, la vôtre ou celle de votre entourage, et de l’orienter.
En cas de plainte, le professionnel peut proposer un test court de repérage ou vous adresser à votre médecin traitant pour une évaluation plus complète, éventuellement en consultation mémoire. Plusieurs causes de troubles de la mémoire sont réversibles ou améliorables : dépression, troubles du sommeil, certains médicaments, audition non corrigée, carence, trouble thyroïdien. C’est pourquoi la revue des traitements et le contrôle de l’audition font partie du même bilan.
Côté prévention, ce qui protège la mémoire ressemble à ce qui protège le cœur : activité physique, tension artérielle contrôlée, sommeil, vie sociale, stimulation intellectuelle, et correction de l’audition et de la vision.
Revue des traitements, vaccins, audition, vision, activité physique : les autres vérifications
Le bilan de prévention à 70 ans comporte aussi une série de vérifications rapides, souvent négligées, qui pèsent lourd sur les années suivantes.
La revue des traitements (iatrogénie)
La iatrogénie désigne les effets indésirables provoqués par les médicaments eux-mêmes. Après 70 ans, elle est une cause fréquente de chutes, de confusion, de troubles digestifs et d’hospitalisations, d’autant que le nombre de médicaments augmente et que le rein les élimine plus lentement. Apportez toutes vos ordonnances et vos boîtes, y compris les produits sans ordonnance et les compléments. La revue vérifie, pour chaque traitement, qu’il a encore une indication, une dose adaptée à l’âge et au rein, et qu’il ne fait pas double emploi. Le pharmacien est un acteur clé de cette étape ; les modifications relèvent du médecin prescripteur.
Les vaccinations
À 70-75 ans, les vaccinations recommandées comprennent la grippe chaque année, le rappel diphtérie-tétanos-poliomyélite, ainsi que le zona, le pneumocoque et la Covid-19 selon le calendrier des vaccinations en vigueur.
Audition et vision
Une audition et une vision non corrigées favorisent les chutes, l’isolement et le déclin cognitif. Nous demandons la date du dernier audiogramme et du dernier examen ophtalmologique, et orientons si besoin. Les aides auditives sont accessibles sans reste à charge dans le cadre du « 100 % Santé ».
L’activité physique adaptée
Bouger reste possible et utile à tout âge, à condition d’adapter : marche quotidienne, exercices d’équilibre, renforcement musculaire léger, natation ou gymnastique douce, l’important étant la régularité. Une activité physique adaptée encadrée peut être prescrite par le médecin en cas de maladie chronique ou de perte d’autonomie.
Isolement et aidants : qui fait vivre le plan ?
Le bilan de prévention à 70-75 ans aborde explicitement l’isolement, à la fois facteur de risque pour la santé et frein à toutes les autres actions du plan. Une personne seule mange moins bien, bouge moins, consulte plus tard et prend ses médicaments avec moins de régularité.
Nous posons des questions directes : combien de personnes voyez-vous dans la semaine, qui appelleriez-vous en cas de chute, avez-vous une activité collective. Les réponses orientent vers des ressources locales : centre communal d’action sociale, associations, services d’aide à domicile.
Les aidants, conjoint, enfants, voisins, ont un rôle particulier. Avec votre accord, ils peuvent vous accompagner au rendez-vous, aider à remplir l’autoquestionnaire, apporter les ordonnances, puis soutenir le plan au quotidien : rappels, marche accompagnée, vigilance sur le poids ou la mémoire. Nous les invitons aussi à prendre soin d’eux : l’épuisement de l’aidant est une réalité que nous voyons trop tard. Si vous accompagnez un parent, prendre rendez-vous pour son bilan de prévention est une première étape concrète.
Exemple de plan personnalisé de prévention à 70-75 ans
Le plan personnalisé de prévention (PPP) est le document rédigé ensemble en fin de bilan. Exemple illustratif : une femme de 73 ans, veuve, vivant seule, deux chutes sans gravité dans l’année, six médicaments.
| Rubrique | Exemple |
|---|---|
| Mes priorités | 1. Ne plus tomber. 2. Reprendre du poids et de la force. |
| Mes freins | Peur de sortir seule depuis la deuxième chute ; peu d’appétit le soir ; somnifère pris depuis des années. |
| Actions concrètes | Revue des six médicaments avec le pharmacien puis le médecin traitant, en particulier le somnifère ; inscription à l’atelier « équilibre » de la commune ; un laitage ou un œuf ajouté au repas du soir ; pesée le premier de chaque mois. |
| Ressources et intervenants | Pharmacien ; médecin traitant ; atelier équilibre ; fille pour le premier atelier ; ophtalmologiste pour la cataracte. |
| Modalités de suivi | Appel de l’infirmier à 1 mois ; consultation chez le médecin traitant à 3 mois avec le poids et la liste des médicaments ajustée ; nouveau point à 6 mois. |
Le plan est transmis au médecin traitant sauf opposition, par messagerie sécurisée, via Mon espace santé ou par vos soins. Rubriques et autres exemples dans le plan personnalisé de prévention expliqué ; cadre général dans le bilan de prévention expliqué.
À retenir
- Le bilan de prévention à 70-75 ans est un entretien de 30 à 45 minutes, une fois dans la tranche d’âge, pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, sans avance de frais, possible à domicile avec un infirmier.
- Son objectif est l’autonomie : chutes, dénutrition, mémoire, traitements, isolement.
- Pas de prise de sang : la fréquence des analyses après 70 ans dépend de vos traitements, fixée par votre médecin traitant.
- Apportez toutes vos ordonnances et votre carnet de vaccination : la revue des traitements et la mise à jour des vaccins sont les gains les plus rapides.
- Les aidants peuvent, avec votre accord, participer au bilan et faire vivre le plan.
Ce que Sokrate vous permet de faire
Le service Sokrate propose un questionnaire de préparation en ligne, que vous pouvez remplir seul ou avec un proche, pour arriver au bilan de prévention avec vos priorités déjà repérées : chutes, poids, mémoire, traitements, isolement. Le plan personnalisé est signé par un médecin, un courrier est adressé à votre médecin traitant sauf opposition, et une infirmière de coordination assure le suivi. Vous pouvez préparer votre bilan de prévention à 70 ans dès aujourd’hui.