Le pharmacien peut réaliser le bilan de prévention des 18-25, 45-50, 60-65 et 70-75 ans, dans un espace de confidentialité, en 30 à 45 minutes. Il le cote RDP : 30 € (31,50 € dans les DROM), pris en charge à 100 % sans dépassement, une fois par tranche d’âge. Le plan personnalisé de prévention va au médecin traitant, sauf opposition du patient.
Nous, médecins, avons intérêt à ce que les pharmaciens réalisent des bilans de prévention : l’officine voit chaque semaine des personnes qui ne franchissent plus la porte d’un cabinet médical, et elle connaît leurs traitements. Cette page s’adresse aux pharmaciens titulaires et adjoints : conditions, déroulé, facturation, transmission, formation. Le cadre général du dispositif est rappelé dans le bilan de prévention.
Un pharmacien peut-il réaliser un bilan de prévention et à quelles conditions ?
Oui. L’arrêté du 28 mai 2024 relatif aux effecteurs, au contenu et aux modalités de tarification des rendez-vous de prévention fait du pharmacien un effecteur du bilan, aux côtés du médecin, de l’infirmier et de la sage-femme. Deux conditions sont posées par l’Assurance Maladie : adhérer au dispositif et disposer d’un espace de confidentialité pour recevoir le patient.
L’adhésion au dispositif
L’adhésion est volontaire et se fait sur sante.fr avec la carte CPS ou e-CPS ; elle référence la pharmacie dans l’annuaire des professionnels proposant le bilan, que les patients consultent pour trouver un lieu près de chez eux.
L’espace de confidentialité
L’Assurance Maladie précise que « les pharmaciens doivent disposer d’un espace de confidentialité » pour réaliser le bilan. Un entretien de 30 à 45 minutes qui aborde le tabac, l’alcool, la santé mentale ou la santé sexuelle ne peut pas se tenir au comptoir. Les officines qui pratiquent déjà des entretiens ou la vaccination disposent en général d’un tel espace.
Qui, dans l’officine, réalise le bilan ?
Le bilan est réalisé par le pharmacien. L’arrêté liste les effecteurs (médecins, infirmiers, pharmaciens, sages-femmes) ; le préparateur en pharmacie n’y figure pas. Le pharmacien adjoint, pharmacien diplômé, peut le réaliser. L’équipe, préparateurs compris, a en revanche un rôle dans le repérage des éligibles et la prise de rendez-vous.
Comment se déroule le bilan de prévention à l’officine ?
Le bilan dure 30 à 45 minutes et suit les trois étapes définies par l’Assurance Maladie : repérage des risques à partir de l’autoquestionnaire rempli par le patient, priorisation conjointe d’un ou deux sujets, rédaction du plan personnalisé de prévention. Il est programmé sur rendez-vous, dans l’espace de confidentialité, et non improvisé au moment d’une délivrance.
| Étape | Ce qui se passe à l’officine | Outil officiel | Repères pratiques |
|---|---|---|---|
| Avant le rendez-vous | Repérage de l’éligibilité au comptoir, remise de l’autoquestionnaire de la tranche d’âge (PDF ou lien Mon espace santé), prise de rendez-vous | Autoquestionnaire par tranche d’âge | Ordonnances en cours et carnet de vaccination à apporter |
| 1. Repérage | Lecture de l’autoquestionnaire avec le patient ; fiche d’aide au repérage des risques (antécédents, traitements, dépistages, vaccinations, habitudes de vie) | Fiche d’aide au repérage des risques | Le dossier pharmaceutique et l’historique de délivrance éclairent la revue des traitements |
| 2. Priorisation | Choix conjoint d’un ou deux sujets sur lesquels le patient est prêt à agir | Fiches thématiques (tabac, alcool, activité physique, sommeil, alimentation, dépistages, vaccination…) | Laisser le patient choisir |
| 3. Plan personnalisé | Rédaction du PPP : objectifs, actions, ressources locales, échéances ; remise au patient | Modèle de PPP ; cartographie des ressources de prévention sur sante.fr | Prévoir la transmission au médecin traitant |
Ce que l’officine apporte au repérage
Le pharmacien connaît les délivrances du patient. Chez les 60-65 et 70-75 ans, la revue des traitements et le repérage d’une iatrogénie possible sont un apport propre à l’officine ; ils sont inscrits dans le PPP et transmis au médecin traitant, qui décide des ajustements. Chez les plus jeunes, contraception, sevrage tabagique et vaccinations de rattrapage sont des sujets que le comptoir aborde déjà.
Ce que le bilan n’est pas
Le bilan ne comporte ni examen clinique ni examen biologique systématique et ne pose pas de diagnostic. Les mesures que l’officine peut proposer par ailleurs (tension artérielle, glycémie capillaire) ne font pas partie du bilan tel que défini. Un sujet qui appelle un avis médical est inscrit dans le PPP et orienté vers le médecin traitant.
Comment facturer le bilan de prévention en pharmacie : code RDP, 30 € ?
Le bilan de prévention en pharmacie se facture avec le code acte RDP, pour 30 € en métropole et 31,50 € dans les départements et régions d’outre-mer. Il est pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, sans avance de frais pour le patient et sans dépassement possible. L’Assurance Maladie précise qu’il « ne peut être facturé qu’une seule fois par personne et par tranche d’âge ».
| Élément de facturation | Règle |
|---|---|
| Code acte | RDP (pharmacien) ; RDV pour le médecin, RDI pour l’infirmier |
| Montant | 30 € en métropole, 31,50 € dans les DROM |
| Prise en charge | 100 % Assurance Maladie, sans avance de frais pour le patient |
| Dépassement | Aucun |
| Fréquence | Une fois par personne et par tranche d’âge, tous professionnels confondus |
Les causes de facturation indue
Deux situations rendent la facturation indue : le patient est hors tranche d’âge (26 ans ou 51 ans, par exemple), ou il a déjà bénéficié du bilan pour la même tranche chez un médecin, un infirmier ou une autre pharmacie ; les règles sont identiques pour le bilan de prévention réalisé par l’infirmier. Avant de programmer le rendez-vous, poser la question au patient et vérifier dans Mon espace santé si un PPP y a été déposé.
Que transmettre au médecin traitant et par quel canal ?
Le plan personnalisé de prévention et la fiche d’aide au repérage des risques doivent être transmis au médecin traitant du patient, sauf opposition de sa part. La transmission passe par la messagerie sécurisée de santé, par le dossier médical partagé de Mon espace santé, ou par le patient lui-même. Elle assure qu’un dépistage, une vaccination ou une question de traitement repérés à l’officine trouvent un relais médical.
Ce que le médecin attend du pharmacien
Du côté du cabinet, un PPP reçu d’une pharmacie est utile s’il est lisible en une minute : les sujets priorisés, les actions décidées, ce qui est demandé au médecin (avis, prescription, dépistage). Nous décrivons dans le bilan de prévention réalisé par le médecin comment ce plan est repris en consultation. Un patient dont le bilan a été fait à l’officine n’a pas à le refaire au cabinet ; il ne serait plus facturable pour la même tranche.
Sans médecin traitant, ou en cas de refus
Chez les 18-25 ans, l’absence de médecin traitant est fréquente : le PPP inscrit alors sa déclaration parmi les actions, et son dépôt dans Mon espace santé permet au futur médecin de le retrouver. Si le patient s’oppose à la transmission, le pharmacien le note et lui remet le PPP ; il reste libre de le montrer à son médecin.
Faut-il une formation pour réaliser un bilan de prévention en pharmacie ?
Non. L’Assurance Maladie indique qu’« aucune formation complémentaire n’est obligatoire » pour réaliser le bilan de prévention. Des modules volontaires en ligne sont proposés par l’École des hautes études en santé publique (EHESP) sur formation.bilan-prevention.ehesp.fr, notamment sur l’entretien motivationnel et les interventions brèves.
Ces modules aident surtout pour la deuxième étape : amener le patient à choisir lui-même son sujet, plutôt que lui délivrer des conseils. Les fiches thématiques officielles apportent les repères par sujet, et l’autoquestionnaire, décrit dans le questionnaire du bilan de prévention, sert de trame commune à tous les professionnels. Les conditions d’accès aux modules sont à consulter sur la plateforme.
Comment organiser le comptoir et dans quels cas proposer le bilan ?
Le bilan s’organise en trois temps : repérer les personnes éligibles au comptoir, leur remettre l’autoquestionnaire avec un rendez-vous, puis conduire l’entretien dans l’espace de confidentialité sur un créneau réservé. Les cas d’usage les plus naturels pour l’officine sont le jeune adulte sans médecin traitant, l’adulte de 45-50 ans qui ne consulte pas et la personne âgée dont les ordonnances s’accumulent.
Repérer au comptoir
L’éligibilité tient à l’âge : 18-25, 45-50, 60-65 et 70-75 ans inclus. L’équipe, préparateurs compris, peut repérer les personnes concernées lors d’une délivrance et leur proposer le bilan en une phrase : un temps d’échange de 30 à 45 minutes, pris en charge à 100 %, pour faire le point sur sa santé et ses habitudes de vie, sans examen ni prise de sang.
Programmer et préparer
Le rendez-vous est fixé sur un créneau où le pharmacien peut quitter le comptoir 30 à 45 minutes. L’autoquestionnaire est remis ou envoyé avant, avec la consigne d’apporter ordonnances et carnet de vaccination.
Trois cas d’usage
- Une étudiante de 20 ans vient chercher une contraception d’urgence. Le bilan 18-25 ans est proposé pour un autre jour ; la priorité retenue est la contraception régulière, et la déclaration d’un médecin traitant est inscrite au PPP.
- Un homme de 47 ans achète des substituts nicotiniques sans ordonnance. Le bilan 45-50 ans permet d’aborder le tabac, l’alcool, l’activité physique et l’absence de tout dépistage ; le PPP oriente vers le médecin traitant pour le risque cardiovasculaire et les dépistages organisés.
- Un homme de 74 ans vient avec trois ordonnances de prescripteurs différents. Le bilan 70-75 ans porte sur la revue des traitements et la prévention des chutes ; le PPP transmis au médecin traitant demande un point sur l’ordonnance.
Les erreurs à éviter
- Facturer un RDP hors tranche d’âge ou à un patient qui a déjà bénéficié du bilan pour la même tranche.
- Tenir l’entretien au comptoir : l’espace de confidentialité est une condition posée par l’Assurance Maladie.
- Ne pas transmettre le PPP au médecin traitant, sauf opposition du patient.
À retenir
- Le pharmacien est effecteur du bilan de prévention (arrêté du 28 mai 2024), à condition d’adhérer au dispositif et de disposer d’un espace de confidentialité.
- Le bilan dure 30 à 45 minutes, en trois étapes, et se conclut par un plan personnalisé de prévention remis au patient.
- Facturation RDP : 30 € en métropole, 31,50 € dans les DROM, 100 % Assurance Maladie, sans dépassement, une fois par personne et par tranche d’âge.
- Le PPP et la fiche de repérage sont transmis au médecin traitant, sauf opposition du patient.
- Aucune formation obligatoire ; modules EHESP facultatifs.
Comment organiser ce parcours avec Sokrate
Le service Sokrate propose au patient de préparer son bilan de prévention en amont, avec un questionnaire adaptatif en ligne dont la synthèse structurée est mise à disposition du professionnel qui réalise le bilan. Le plan est signé par un médecin ; un courrier est adressé au médecin traitant, sauf opposition du patient, et une infirmière de coordination assure le suivi des orientations. Dans une communauté professionnelle territoriale de santé, les pharmacies membres disposent ainsi des mêmes outils que les médecins et les infirmiers du territoire. Les modalités sont décrites sur la page Sokrate pour les CPTS.