Le bilan de prévention kinésithérapeute est une évolution annoncée, pas encore applicable au 14 septembre 2026 : sante.fr cite déjà les masseurs-kinésithérapeutes parmi les professionnels habilités et l’ARS Centre-Val de Loire annonce leur entrée « à compter d’octobre 2026 », alors que l’arrêté du 28 mai 2024 ne les mentionne pas. Un arrêté du 28 juillet 2026 les intègre au 1er octobre 2026, au tarif commun de 30 €.

Nous adressons régulièrement nos patientes à des kinésithérapeutes : le kiné voit ses patients longtemps, souvent plusieurs fois par semaine, et parle avec eux de mouvement, de douleur et d’habitudes de vie. Cette page fait le point sur ce que disent les textes, ce qui reste à confirmer et ce que le kinésithérapeute peut apporter.

Un kinésithérapeute peut-il réaliser un bilan de prévention en 2026 ?

Au 14 septembre 2026, non : le texte en vigueur, l’arrêté du 28 mai 2024 relatif aux effecteurs, au contenu et aux modalités de tarification des rendez-vous de prévention, ne liste que les médecins, les sages-femmes, les infirmiers et les pharmaciens. Les sources officielles ne disent pourtant pas la même chose, et c’est ce décalage qu’il faut lire correctement.

Source consultée le 14 septembre 2026Ce qu’elle indiqueStatut
Arrêté du 28 mai 2024 (Légifrance)Effecteurs : médecins, sages-femmes, infirmiers, pharmaciens ; les masseurs-kinésithérapeutes n’y figurent pasTexte en vigueur jusqu’au 30 septembre 2026
Pages ameli.fr professionnels (médecin, infirmier, pharmacien, sage-femme)Quatre professions effectrices ; pas de page « masseur-kinésithérapeute »À jour du texte de 2024
sante.fr — Mon bilan prévention« des médecins (et notamment votre médecin traitant), des infirmiers, des pharmaciens, des masseurs-kinésithérapeutes et des sages-femmes »Anticipe l’entrée en vigueur
ARS Centre-Val de Loire« À compter d’octobre 2026, les masseurs-kinésithérapeutes pourront réaliser les rendez-vous Mon Bilan Prévention. »Annonce datée
Arrêté du 28 juillet 2026 (Légifrance)Abroge l’arrêté de 2024 ; ajoute les masseurs-kinésithérapeutes aux effecteurs ; entrée en vigueur le premier jour du deuxième mois suivant la publication au JO du 2 août 2026, soit le 1er octobre 2026Publié au Journal officiel ; applicable au 1er octobre 2026

En pratique, un kinésithérapeute qui réaliserait et facturerait un bilan de prévention avant le 1er octobre 2026 le ferait hors cadre. Après cette date, le dispositif lui est ouvert dans les mêmes conditions que les autres effecteurs, sous réserve des points de détail que nous listons plus bas.

Que prévoit l’arrêté du 28 juillet 2026 pour les masseurs-kinésithérapeutes ?

L’arrêté du 28 juillet 2026, publié au Journal officiel n° 0179 du 2 août 2026, reprend le titre exact de celui de 2024 et l’abroge. Il conserve les quatre tranches d’âge, les trois étapes, le plan personnalisé de prévention et le tarif de 30 € en métropole et 31,50 € dans les DROM, et élargit la liste des effecteurs aux masseurs-kinésithérapeutes.

Ce qui ne change pas

Les quatre tranches d’âge restent 18 à 25 ans, 45 à 50 ans, 60 à 65 ans et 70 à 75 ans inclus, avec un seul bilan par personne et par tranche. La durée de 30 à 45 minutes, la prise en charge à 100 % sans avance de frais et l’interdiction de tout dépassement sont maintenues. Le plan personnalisé de prévention est remis à la personne et transmis au médecin traitant, sauf opposition. Le cadre général est rappelé dans le bilan de prévention.

Ce qui est propre aux kinésithérapeutes et reste à confirmer

Le code de facturation attribué aux masseurs-kinésithérapeutes n’est pas encore publié sur ameli.fr ; les premières lectures du texte évoquent un code partagé avec les infirmiers. La possibilité de facturer des frais de déplacement à domicile, prévue pour l’infirmier « dans les mêmes conditions que celles prévues par votre convention », devra être vérifiée pour le kinésithérapeute. Enfin, la liste des actes complémentaires facturables le même jour si un besoin est repéré est définie par profession ; celle ouverte aux kinésithérapeutes n’est pas connue à ce jour.

Le contexte chiffré

Le ministère chargé de la santé, cité par la presse professionnelle, indique qu’« au 30 juin 2026, plus de 612 000 bilans ont été réalisés auprès d’un médecin, d’un infirmier, d’un pharmacien ou d’une sage-femme ». L’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes salue une évolution qui « reconnaît pleinement la place des kinésithérapeutes au cœur du dispositif de prévention ».

Qu’apporte le kinésithérapeute au bilan de prévention : activité physique, sédentarité, chutes ?

Le ministère justifie l’ouverture par « une expertise reconnue en matière d’activité physique, de prévention de la perte d’autonomie, de santé musculo-squelettique et de promotion des comportements favorables à la santé ». Ces quatre champs recoupent directement plusieurs thèmes officiels du bilan : activité physique et sédentarité, vieillissement, prévention des chutes.

L’activité physique, thème transversal aux quatre âges

L’activité physique et la sédentarité figurent parmi les thèmes du dispositif à toutes les tranches. Le kinésithérapeute sait évaluer une capacité fonctionnelle, adapter un objectif à une douleur chronique ou à une pathologie, et surtout transformer « bouger plus » en un plan concret : quel type d’activité, à quelle fréquence, avec quelle progression, vers quelle structure locale. C’est exactement ce que le plan personnalisé de prévention attend d’un objectif.

Chutes et perte d’autonomie chez les 60-65 et 70-75 ans

La prévention des chutes est le premier thème des 70-75 ans et un enjeu croissant dès 60 ans. Le kinésithérapeute évalue l’équilibre, la force des membres inférieurs, la marche et l’environnement du domicile ; il connaît les programmes d’activité physique adaptée et d’ateliers équilibre de son territoire. L’Assurance Maladie mentionne, pour les 60 ans et plus, les outils numériques ICOPE d’évaluation des capacités intrinsèques, dont la fonction locomotrice fait partie. Nous décrivons les priorités de ces âges dans le bilan de prévention à 60-65 ans et le bilan de prévention à 70-75 ans.

Santé musculo-squelettique et sédentarité professionnelle chez les 45-50 ans

Lombalgies, cervicalgies, troubles musculo-squelettiques liés au poste de travail : le kinésithérapeute reçoit déjà ces patients. Le bilan permet de relier la douleur à la sédentarité, au sommeil, au stress professionnel et au risque cardiovasculaire, et de fixer un objectif d’activité qui serve tout à la fois.

Les 18-25 ans : écrans, sédentarité, sport et blessures

Chez les jeunes adultes, le kinésithérapeute intervient pour des blessures sportives ou des douleurs posturales. Le bilan élargit l’échange au sommeil, aux addictions et à la santé mentale, à partir de l’autoquestionnaire — un ou deux sujets sont retenus, jamais toute la liste.

Tranche d’âgeCe que le kinésithérapeute voit déjàObjectifs de PPP dans son champCe qu’il doit aussi aborder via l’autoquestionnaire
18 à 25 ansBlessures sportives, douleurs posturalesActivité régulière, réduction du temps assisSanté mentale, addictions, sommeil, santé sexuelle, vaccinations, médecin traitant
45 à 50 ansLombalgies, TMS, sédentarité professionnelleReprise ou maintien d’une activité, pauses activesTabac, alcool, risque cardiovasculaire, dépistages des cancers, ménopause
60 à 65 ansArthrose, reprise après un épisode aiguMaintien de la force et de l’équilibreDépistages, vaccinations, audition et vision, isolement
70 à 75 ansTroubles de la marche, peur de chuterPrévention des chutes, activité physique adaptéeDénutrition, fonctions cognitives, revue des traitements, isolement, aidants

Comment se déroulera le bilan de prévention chez le kinésithérapeute ?

Comme pour les autres effecteurs : un entretien de 30 à 45 minutes en trois étapes, sans prescription préalable, préparé par l’autoquestionnaire et conclu par un plan personnalisé de prévention transmis au médecin traitant. Ce n’est ni un bilan-diagnostic kinésithérapique ni une séance de rééducation.

Trois étapes, un entretien

Le patient remplit l’autoquestionnaire de sa tranche d’âge dans Mon espace santé ou en PDF avant le rendez-vous. Au cabinet, le kinésithérapeute repère les risques avec la fiche d’aide au repérage, priorise un ou deux sujets avec le patient, puis rédige le PPP à partir du modèle officiel, en s’appuyant sur la cartographie des ressources de prévention de sante.fr pour inscrire une ressource locale. Le contenu du plan est détaillé dans le plan personnalisé de prévention.

Ce qui distingue le bilan d’un acte de kinésithérapie

Le bilan-diagnostic kinésithérapique et les séances relèvent d’une prescription médicale ; le bilan de prévention est un acte propre, ouvert sans ordonnance à toute personne d’une tranche d’âge, centré sur les habitudes de vie. Aucun examen fonctionnel n’y est prévu comme étape ; si le repérage révèle un besoin de rééducation, le PPP oriente vers le médecin traitant pour la prescription.

Transmission et coordination

Le PPP et la fiche de repérage sont transmis au médecin traitant, sauf opposition, par messagerie sécurisée de santé, via le dossier médical partagé ou par le patient. Le kinésithérapeute est dans la situation de l’infirmier libéral : la transmission évite qu’un dépistage ou une vaccination inscrits dans le plan restent sans suite. Les règles côté médecin et côté infirmier sont dans le bilan de prévention réalisé par le médecin et le bilan de prévention réalisé par l’infirmier.

Combien sera rémunéré le bilan de prévention kinésithérapeute et comment le coter ?

Le tarif est celui du dispositif : 30 € en métropole, 31,50 € dans les DROM, pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, sans avance de frais ni dépassement, une seule fois par personne et par tranche d’âge, tous professionnels confondus. Le code acte à utiliser par le kinésithérapeute reste à confirmer sur ameli.fr.

Deux conséquences. Un patient qui a fait son bilan de 70-75 ans chez son pharmacien ne peut pas le refaire chez le kinésithérapeute pour la même tranche : poser la question et consulter le dossier médical partagé avant de commencer. Et la règle du non-dépassement est sans exception : le kinésithérapeute qui juge le tarif insuffisant reste libre de ne pas adhérer, mais ne peut pas réaliser un « bilan de prévention » à un autre prix. Codes par profession et pièges de facturation sont dans la cotation et la facturation du bilan de prévention.

Comment se préparer d’ici octobre 2026 : inscription, formation, organisation ?

Trois chantiers peuvent être ouverts dès maintenant : l’inscription sur sante.fr, la découverte des outils officiels et des modules de l’EHESP, et le repérage des patients éligibles dans la file active.

S’inscrire sur sante.fr

L’Ordre indique la démarche : se connecter à l’espace réservé aux professionnels de sante.fr avec la carte CPS ou e-CPS et signaler sa participation au dispositif, ce qui référence le cabinet dans l’annuaire des effecteurs. C’est là que les patients — et les autres professionnels — cherchent un effecteur.

Se former, sans obligation

Aucune formation complémentaire n’est obligatoire pour les effecteurs actuels, et rien n’indique qu’il en ira autrement pour les kinésithérapeutes. Les modules de la plateforme de l’École des hautes études en santé publique, accessibles gratuitement après inscription, couvrent l’entretien motivationnel, les étapes du bilan et chaque tranche d’âge. Les ressources sont décrites dans la formation au bilan de prévention.

Repérer et coordonner

La file active d’un cabinet de kinésithérapie compte de nombreux patients de 60 à 75 ans ; le logiciel peut lister ceux qui entrent dans une tranche. En maison de santé ou au sein d’une communauté professionnelle territoriale de santé, la répartition des bilans entre effecteurs évite les doublons et alimente la mission prévention du territoire, décrite dans le guide CPTS et mission prévention.

Quels points restent à confirmer avant le 1er octobre 2026 ?

Six points seront vérifiés à l’entrée en vigueur : le code acte des kinésithérapeutes ; les frais de déplacement ; les actes complémentaires ouverts le même jour ; la page ameli.fr dédiée ; l’ouverture de l’inscription sur sante.fr ; le chiffre de bilans cité par le ministère. Jusque-là, cette page décrit une évolution annoncée, non un droit acquis.

À retenir

  • Au 14 septembre 2026, l’arrêté du 28 mai 2024 en vigueur ne cite pas les masseurs-kinésithérapeutes ; sante.fr et l’ARS Centre-Val de Loire annoncent leur entrée « à compter d’octobre 2026 ».
  • Un arrêté du 28 juillet 2026 (JO du 2 août 2026) abroge le texte de 2024 et ajoute les kinésithérapeutes au 1er octobre 2026, à vérifier sur Légifrance.
  • Tarif commun : 30 € en métropole, 31,50 € dans les DROM, 100 % Assurance Maladie, sans dépassement, une fois par tranche d’âge ; code acte à confirmer.
  • Apport du kiné : activité physique et sédentarité à tous les âges, santé musculo-squelettique, prévention des chutes et de la perte d’autonomie.
  • Le bilan est un entretien sans prescription, distinct du bilan-diagnostic et des séances ; PPP transmis au médecin traitant, sauf opposition.

Comment organiser ce parcours avec Sokrate

Le service Sokrate propose au patient de préparer son bilan de prévention avant le rendez-vous, avec un questionnaire adaptatif en ligne — activité physique et sédentarité comprises — dont la synthèse structurée parvient au professionnel. Le plan est signé par un médecin, un courrier est adressé au médecin traitant sauf opposition, et une infirmière de coordination suit les orientations. Les structures pluriprofessionnelles qui préparent l’arrivée des kinésithérapeutes trouveront le fonctionnement sur les pages Sokrate pour les CPTS et Sokrate pour les centres de santé.