En France, trois dépistages organisés des cancers sont proposés sur invitation : colorectal et sein de 50 à 74 ans tous les 2 ans, col de l’utérus de 25 à 65 ans, pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie. Le bilan de prévention, à 45-50, 60-65 et 70-75 ans, vérifie que vous êtes à jour et rattrape ceux qui manquent.
Qu’est-ce que le dépistage organisé des cancers ?
Le dépistage organisé des cancers est un programme national dans lequel les pouvoirs publics invitent, à intervalles réguliers, une partie de la population définie par l’âge et le sexe à réaliser un examen de dépistage, pris en charge à 100 %. Il se distingue du dépistage individuel, décidé au cas par cas entre un patient et son médecin. En France, trois cancers en font l’objet : colorectal, sein, col de l’utérus.
Un dépistage cherche une lésion avant tout symptôme, chez une personne qui se sent bien. C’est ce qui le rend efficace et, en même temps, facile à remettre à plus tard : rien ne fait mal, rien ne presse. En consultation, nous voyons régulièrement des personnes de 60 ans qui n’ont jamais fait le test colorectal, non par refus, mais parce que le courrier est resté dans une pile. Le bilan de prévention a précisément été conçu pour ces rattrapages : le dépistage des cancers figure parmi ses thèmes officiels.
Les programmes sont coordonnés dans chaque région par un centre régional de coordination des dépistages des cancers (CRCDC) ; l’Institut national du cancer en dénombre 18, outre-mer compris.
Quels sont les âges et les rythmes du dépistage organisé des cancers ?
Deux dépistages commencent à 50 ans et s’arrêtent à 74 ans, avec un rythme de 2 ans ; le troisième concerne les femmes de 25 à 65 ans, avec un rythme qui change à 30 ans. Le tableau ci-dessous reprend les repères publiés par l’Assurance Maladie et l’Institut national du cancer, consultés en septembre 2026.
| Cancer | Qui | De quel âge à quel âge | Rythme | Examen |
|---|---|---|---|---|
| Colorectal | Femmes et hommes | 50 à 74 ans | Tous les 2 ans | Test immunologique de recherche de sang dans les selles, à faire chez soi |
| Sein | Femmes | 50 à 74 ans | Tous les 2 ans | Mammographie avec double lecture ; examen clinique des seins recommandé chaque année |
| Col de l’utérus | Femmes | 25 à 65 ans | 25-29 ans : deux examens cytologiques à un an d’intervalle, puis un troisième 3 ans plus tard ; 30-65 ans : test HPV tous les 5 ans | Prélèvement au niveau du col, analysé en laboratoire |
Ces âges sont ceux de la population générale. En cas d’antécédent personnel ou familial, de maladie inflammatoire de l’intestin ou de prédisposition génétique, un suivi spécifique remplace le programme organisé : il est prescrit par votre médecin et ne suit ni les mêmes âges ni le même rythme.
Comment se passe chaque dépistage ?
Ce qui change, c’est le lieu : chez soi pour le côlon, chez le radiologue pour le sein, chez un professionnel de santé pour le col.
Le test colorectal, chez soi
Le test repose sur la détection, dans les selles, de sang non visible à l’œil nu. Le kit est remis gratuitement par votre médecin (généraliste, gynécologue, gastro-entérologue), un pharmacien ou un infirmier, et il peut être commandé en ligne sur le site dédié de l’Assurance Maladie (monkit.depistage-colorectal.fr). Le prélèvement se fait chez soi et le tube est renvoyé au laboratoire ; l’analyse est prise en charge à 100 %. Selon l’Assurance Maladie, le test est positif dans environ 4 % des cas ; il conduit alors à une coloscopie, qui retrouve un polype dans environ 30 % des cas et une lésion cancéreuse dans environ 8 % des cas. Près de 95 % des cancers colorectaux sont diagnostiqués après 50 ans, et un cancer découvert à un stade précoce se soigne dans 9 cas sur 10.
La mammographie, chez le radiologue
La mammographie est une radiographie des seins à faible dose de rayons X. Dans le programme organisé, toute mammographie jugée normale bénéficie d’une seconde lecture par un radiologue expert, qui repère environ 6 % de cancers supplémentaires selon l’Assurance Maladie. L’examen est pris en charge à 100 %, sans avance de frais, sur présentation du courrier d’invitation et de la carte Vitale. Une femme sur huit développe un cancer du sein au cours de sa vie ; détecté tôt, il se soigne dans 9 cas sur 10.
Le test du col de l’utérus, en consultation
Le prélèvement est réalisé par un gynécologue, un médecin généraliste ou une sage-femme, en cabinet, en centre de santé, en centre de planification ou à l’hôpital ; certains laboratoires de biologie médicale le font sur ordonnance. L’examen dure quelques minutes. De 25 à 29 ans, il s’agit d’un examen cytologique (étude des cellules) ; de 30 à 65 ans, d’un test HPV qui recherche les papillomavirus à haut risque, à l’origine de la quasi-totalité de ces cancers. Chaque année, plus de 3 100 cancers du col de l’utérus sont diagnostiqués et environ 800 femmes en décèdent ; l’Institut national du cancer estime que 90 % pourraient être évités par le dépistage. L’analyse est prise en charge à 100 % avec le courrier d’invitation ; la consultation est remboursée à 70 % du tarif conventionnel.
Comment reçoit-on les invitations, et que faire sans courrier ?
Pour le sein et le colorectal, l’invitation est envoyée par courrier tous les 2 ans par l’Assurance Maladie, et elle est aussi consultable dans votre compte ameli ; en l’absence de réponse, des relances suivent à 6 et 12 mois pour la mammographie. Pour le col de l’utérus, le programme national, généralisé depuis 2018, invite les femmes qui n’ont pas fait de test dans les délais ; l’Institut national du cancer précise que vous pouvez faire le test même sans courrier.
Sans courrier, rien ne vous bloque : kit colorectal chez le pharmacien, mammographie sur prescription de votre médecin, test du col chez votre sage-femme. En cas de doute sur votre situation, votre CRCDC vous renseigne.
Que rattrape le bilan de prévention ?
Le bilan de prévention rattrape d’abord les dépistages non faits. En 2024-2025, 31 % de la population ciblée a participé au dépistage du cancer colorectal selon l’Assurance Maladie ; la participation au dépistage du sein est estimée à 46,3 % en 2023-2024 et celle du col de l’utérus à 55,8 % en 2023. Autrement dit, une personne sur deux, parfois deux sur trois, ne bénéficie pas du programme.
Concrètement, aux trois âges concernés :
- À 45-50 ans, le bilan de prévention à 45-50 ans prépare l’entrée dans les dépistages du sein et du colorectal à 50 ans, vérifie le dernier test du col, et repère les antécédents familiaux qui justifient un suivi spécifique plus précoce.
- À 60-65 ans, le bilan de prévention à 60-65 ans est le moment du rattrapage : test colorectal jamais fait, mammographie en retard, dernier test HPV avant la sortie du programme à 65 ans.
- À 70-75 ans, le bilan de prévention à 70-75 ans vérifie les derniers tests du programme, à 74 ans, et discute de l’utilité de poursuivre ensuite selon l’état de santé.
Le bilan lève aussi les freins que l’on n’avoue pas dans la hâte d’une consultation : le dégoût du prélèvement de selles, la peur du résultat, le souvenir d’une mammographie douloureuse, la gêne de l’examen gynécologique. Nous les nommons, nous expliquons le geste, et le dépistage manquant devient une action du plan personnalisé de prévention, avec un délai et une personne référente : « kit récupéré chez le pharmacien cette semaine », « rendez-vous de mammographie avant le 30 novembre ». Le plan est transmis à votre médecin traitant sauf opposition, qui prend le relais. L’examen de prévention en santé en centre d’examens de santé est une autre occasion de faire ce point.
Enfin, le bilan replace le dépistage dans la prévention globale : tabac et alcool, poids, activité physique et alimentation pèsent sur le risque de plusieurs cancers. Pour les femmes, la question se croise avec la ménopause et ses enjeux de prévention : la mammographie est aussi un examen préalable à tout traitement hormonal.
Quels dépistages ne sont pas organisés et se discutent avec le médecin ?
Trois situations reviennent souvent en consultation : la prostate, la peau et le poumon. Aucune ne relève d’un dépistage organisé en 2026 ; chacune appelle une décision individuelle, informée, avec votre médecin.
| Cancer | Dépistage organisé ? | Ce qui existe | À discuter avec le médecin |
|---|---|---|---|
| Prostate | Non, en France ni ailleurs | Dosage du PSA à titre individuel | Bénéfice non démontré, risque de surdiagnostic : décision partagée après information |
| Peau (mélanome et autres) | Non | Autosurveillance ; examen par un dermatologue chez les personnes à risque | Peau claire, nombreux grains de beauté, antécédents, expositions au soleil |
| Poumon | Non ; programme pilote de recherche IMPULSION | Scanner thoracique à faible dose chez des fumeurs et anciens fumeurs de 50 à 74 ans | Éligibilité au programme pilote, accompagnement à l’arrêt du tabac |
Prostate : pourquoi il n’y a pas de dépistage organisé
Selon l’Institut national du cancer, « il n’existe pas en France, ni dans aucun autre pays, de programme national de dépistage du cancer de la prostate », parce que « le bénéfice du dépistage du cancer de la prostate n’est pas clairement démontré ». Un PSA élevé n’est pas lié à un cancer dans 70 % des cas, un PSA bas peut en masquer un dans 10 % des cas, et près de la moitié des cancers dépistés resteraient latents sans jamais nuire, alors que plus d’un homme sur deux présente au moins une complication dans les deux ans suivant un traitement. Nous en parlons donc avec chaque homme qui le souhaite, sans pousser ni dissuader, en exposant ces chiffres.
Peau : l’autosurveillance et les personnes à risque
Il n’existe pas de programme organisé de dépistage des cancers de la peau. L’Institut national du cancer recommande de surveiller sa peau et de consulter au moindre doute devant une plaie qui ne cicatrise pas, un bouton ou une croûte qui persiste, un grain de beauté différent des autres ou qui change. Les personnes à peau claire, aux nombreux grains de beauté, avec des antécédents personnels ou familiaux ou une forte exposition aux ultraviolets justifient un suivi par un dermatologue, dont le rythme est fixé au cas par cas.
Poumon : un programme pilote, pas encore un dépistage organisé
Le programme IMPULSION est « une expérimentation nationale visant à organiser un dépistage précoce du cancer du poumon en France » : un scanner thoracique à faible dose, réalisé deux fois à un an d’intervalle puis tous les deux ans, chez des fumeurs et anciens fumeurs de 50 à 74 ans, avec un accompagnement personnalisé pour arrêter de fumer. L’Institut national du cancer indique que la combinaison scanner et arrêt du tabac réduit de 38 % le risque de décès par cancer du poumon. Les inclusions ont débuté au printemps 2026 pour 20 000 participants. Si vous fumez ou avez fumé, c’est un sujet à aborder au bilan, d’abord pour l’arrêt du tabac, qui reste le geste le plus efficace.
À retenir
- Trois dépistages organisés : colorectal et sein de 50 à 74 ans tous les 2 ans, col de l’utérus de 25 à 65 ans (test HPV tous les 5 ans à partir de 30 ans).
- Examens pris en charge à 100 % sur invitation ; sans courrier, le kit colorectal se demande au pharmacien et le test du col se fait chez le médecin ou la sage-femme.
- Une personne sur deux environ ne participe pas : le bilan de prévention à 45-50, 60-65 et 70-75 ans vérifie, explique et rattrape.
- Prostate, peau et poumon ne font pas l’objet d’un dépistage organisé : décision individuelle et informée avec votre médecin.
- Le dépistage manquant devient une action datée du plan personnalisé de prévention, transmis à votre médecin traitant sauf opposition.
Ce que Sokrate vous permet de faire
Le service Sokrate propose un questionnaire de préparation en ligne qui recense vos dépistages faits et manquants, vos antécédents et vos freins, pour arriver au bilan de prévention avec un point clair. Le plan personnalisé est signé par un médecin, un courrier est adressé à votre médecin traitant sauf opposition, et une infirmière de coordination vous rappelle les échéances. Vous pouvez préparer votre bilan de prévention et vos dépistages dès aujourd’hui ; pour choisir le professionnel, voir comment prendre rendez-vous pour un bilan de prévention.