Après 65 ans, une chute n’est jamais banale : elle révèle un déséquilibre entre les capacités de la personne et son environnement, et elle précède souvent la perte d’autonomie. La plupart de ses causes se repèrent par quelques questions et deux tests simples, et se corrigent : médicaments, vision, force, chaussage, domicile. Le bilan de prévention à 70-75 ans en fait sa priorité.

Pourquoi la prévention des chutes des personnes âgées est-elle une priorité ?

Parce que la chute est, chez les 65 ans et plus, l’accident le plus fréquent et le plus lourd de conséquences. Santé publique France indique que plus de 20 000 personnes âgées de 65 ans et plus sont décédées en lien avec une chute en 2024 et qu’environ 175 000 ont été hospitalisées pour ce motif la même année. Le plan antichute des personnes âgées 2022-2024, lancé par le ministère chargé des Solidarités, visait à réduire de 20 % les chutes mortelles ou invalidantes des 65 ans et plus.

La Haute Autorité de santé (HAS) définit la chute comme le fait de se retrouver involontairement sur le sol, et parle de chutes répétées à partir de deux chutes en douze mois. Ce qui nous inquiète le plus n’est pas la chute isolée d’une personne en forme, c’est l’enchaînement : une chute, la peur de retomber, moins de sorties, moins de muscle, moins d’appétit, une nouvelle chute, puis la fracture du col du fémur ou l’hospitalisation qui fait basculer vers la dépendance. Rompre cette spirale le plus tôt possible est le but de la prévention des chutes des personnes âgées.

Nous voyons aussi des chutes « sans gravité » que la personne n’a racontées à personne. La première question du bilan est donc simple : êtes-vous tombé au cours des douze derniers mois, même sans vous blesser ?

Quels sont les facteurs de risque de chute ?

La HAS distingue des facteurs prédisposants, qui fragilisent durablement, et des facteurs précipitants, qui déclenchent la chute un jour donné. La plupart sont modifiables, au moins en partie.

Facteurs prédisposants (terrain)Facteurs précipitants (déclencheurs)
Âge de 80 ans et plus, sexe fémininHypotension orthostatique (chute de tension au lever)
Polymédication (nombreux médicaments), somnifères et anxiolytiquesVertige, malaise, déficit neurologique brutal
Troubles de la marche et de l’équilibre, faiblesse musculaireHyponatrémie, hypoglycémie
Arthrose, anomalies des pieds, troubles de la sensibilitéConsommation excessive d’alcool
Baisse de la visionFacteurs environnementaux : tapis, éclairage, escalier, chaussures
Syndrome dépressif, déclin cognitifMaladie aiguë (infection, déshydratation)

La plupart des personnes qui tombent cumulent plusieurs facteurs. C’est ce cumul que le bilan de prévention cherche à décomposer, sujet par sujet, pour choisir les un ou deux leviers qui comptent le plus pour vous.

Quels tests simples permettent d’évaluer le risque ?

Deux tests recommandés par la HAS se font au cabinet, en moins de cinq minutes, sans matériel : le Timed Up and Go et la station unipodale. Ils ne posent pas de diagnostic ; ils repèrent un risque et orientent.

  • Le Timed Up and Go : se lever d’une chaise, marcher trois mètres, faire demi-tour, revenir s’asseoir. Un temps de 20 secondes ou plus signale un risque de chute selon la HAS.
  • La station unipodale : tenir debout sur un pied. Ne pas dépasser 5 secondes signale un risque.
  • Les trois questions : êtes-vous tombé dans l’année, avez-vous peur de tomber, vous sentez-vous instable en marchant.

Le bilan complète par la mesure de la tension debout et couché (hypotension orthostatique), un regard sur les pieds et les chaussures, la vision, et la liste des médicaments. En cas de chutes répétées ou de test anormal, la HAS recommande une évaluation plus complète par le médecin traitant, parfois en consultation de gériatrie, et une kinésithérapie ciblée.

Comment aménager son domicile ?

Une grande partie des chutes surviennent à domicile, dans des gestes ordinaires : se lever la nuit, sortir de la douche, attraper un objet en hauteur. Le portail national pour-les-personnes-agees.gouv.fr recommande d’anticiper les aménagements plutôt que de les faire dans l’urgence après une chute.

Pièce ou situationCe qui fait tomberCe que l’on peut faire
Circulation, couloirTapis non fixés, fils électriques, zones d’ombreRetirer ou fixer les tapis, dégager les passages, éclairage sans zone d’ombre
NuitTrajet chambre-toilettes dans le noirChemin lumineux ou veilleuses, lampe à portée de main, se lever en deux temps
Salle de bains, WCSol glissant, baignoire haute, WC basSurfaces antidérapantes, barres d’appui, douche de plain-pied, WC surélevés, siège de douche
EscalierMarches usées, absence de rampe, mauvais éclairageRampe des deux côtés, nez de marche contrastés, interrupteurs en haut et en bas
CuisineObjets en hauteur, escabeauRanger l’usuel à hauteur de main, tabouret stable
ChaussagePantoufles ouvertes, semelles lissesChaussures fermées qui tiennent le talon, semelles antidérapantes

Des aides existent : les centres d’information et de conseil sur les aides techniques (CICAT) conseillent gratuitement et sans intérêt commercial sur le matériel, un ergothérapeute peut évaluer le logement, et MaPrimeAdapt’ finance des travaux d’adaptation sous conditions. La téléassistance (médaillon ou bracelet d’appel) est l’un des cinq axes du plan antichute : elle ne prévient pas la chute, mais elle évite de rester au sol des heures.

Quelle activité physique adaptée après 65 ans ?

L’activité physique est présentée par le plan antichute comme la meilleure arme contre les chutes. La HAS recommande la pratique régulière de la marche et, après des chutes répétées, une kinésithérapie incluant travail de l’équilibre et renforcement musculaire. Les repères internationaux ajoutent, pour les 65 ans et plus, des activités variées à composantes multiples mettant l’accent sur l’équilibre et la force, plusieurs jours par semaine.

Concrètement, ce que nous proposons dans le plan personnalisé :

  • Marcher chaque jour, même quinze minutes, en extérieur si possible, avec un proche au début si la peur de tomber s’est installée.
  • Travailler l’équilibre : se tenir sur un pied en s’appuyant au plan de travail, marcher talon-pointe le long d’un couloir, se lever d’une chaise sans les mains, dix fois.
  • Renforcer les jambes : montée d’escaliers, demi-squats tenus à une chaise, exercices avec bande élastique.
  • Rejoindre un groupe : ateliers « équilibre » ou « prévention des chutes » proposés par de nombreuses communes, caisses de retraite et associations, gymnastique douce, tai-chi, aquagym.

Après une maladie chronique ou une perte d’autonomie, le médecin peut prescrire une activité physique adaptée encadrée. L’objectif n’est pas la performance : c’est de conserver la force de se relever d’une chaise et l’équilibre de se retourner sans vaciller.

Pourquoi revoir les médicaments ?

Parce que les médicaments sont l’un des facteurs de chute les plus fréquents et les plus faciles à corriger. Somnifères, anxiolytiques, certains antidépresseurs, médicaments de la tension et diurétiques (qui font baisser la tension au lever), traitements du diabète (hypoglycémie), et plus généralement la polymédication, augmentent le risque. La HAS place la révision de l’ordonnance parmi les interventions recommandées après une chute.

Le bilan de prévention à 70-75 ans est le bon moment : apportez toutes vos ordonnances et toutes vos boîtes, y compris les produits sans ordonnance, les somnifères « occasionnels » et les compléments. La revue vérifie, pour chaque traitement, qu’il a encore une indication, une dose adaptée à l’âge et au rein, et qu’il ne fait pas double emploi. Le pharmacien y tient un rôle clé, en officine ou dans le cadre du bilan de prévention réalisé par le pharmacien ; les modifications relèvent du médecin prescripteur. Un somnifère pris depuis vingt ans ne s’arrête pas du jour au lendemain, mais il se réduit, progressivement, avec un accompagnement.

Vision, audition, pieds et os : les vérifications oubliées

Quatre vérifications rapides évitent des chutes et se font oublier parce qu’elles relèvent de professionnels différents.

  • La vision : cataracte, glaucome, lunettes inadaptées, verres progressifs mal tolérés dans les escaliers. Un examen ophtalmologique récent fait partie du bilan ; la HAS recommande l’examen de l’acuité visuelle dans l’évaluation des personnes qui chutent.
  • L’audition : une baisse auditive non corrigée altère l’équilibre, l’attention et la vie sociale. Un audiogramme et, si besoin, des aides auditives accessibles sans reste à charge dans le panier « 100 % Santé ».
  • Les pieds : douleurs, déformations, ongles, perte de sensibilité (diabète). Des chaussures fermées qui tiennent le talon et un pédicure-podologue si nécessaire.
  • Les os : pour qu’une chute ne devienne pas une fracture. La HAS recommande, chez les personnes qui chutent, un apport calcique de 1 à 1,5 g par jour et de vitamine D d’au moins 800 UI par jour, et un traitement anti-ostéoporotique si besoin. L’ostéoporose touche 39 % des femmes autour de 65 ans et 70 % à 80 ans et plus selon l’Assurance Maladie ; nous expliquons son repérage dans la ménopause et la prévention osseuse.

Quel rôle pour les aidants et le bilan de prévention ?

La prévention des chutes des personnes âgées est le premier thème du bilan de prévention à 70-75 ans, entretien de 30 à 45 minutes pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, sans avance de frais, une fois dans la tranche d’âge. Il peut être réalisé à domicile par un infirmier, ce qui permet de regarder les lieux avec vous ; voir le bilan de prévention réalisé par l’infirmier. Le sujet s’anticipe dès le bilan de prévention à 60-65 ans, où la force et l’équilibre commencent à se travailler.

Les aidants, conjoint, enfants, voisins, voient ce que la consultation ne voit pas : la démarche qui change, le tapis qu’on refuse d’enlever, le somnifère du soir, la peur de sortir. Avec l’accord de la personne, ils peuvent participer au bilan, aider à remplir l’autoquestionnaire, apporter les ordonnances, puis faire vivre le plan : marche accompagnée, premier atelier équilibre, changement d’ampoules. Nous les invitons aussi à ne pas tout porter : une chute isole autant celui qui tombe que celui qui veille, et l’isolement social des personnes âgées est lui-même un facteur de risque.

Le plan personnalisé de prévention fixe un ou deux objectifs, pas dix : « revoir le somnifère avec le pharmacien puis le médecin », « inscription à l’atelier équilibre de la commune », « barres d’appui posées avant la fin du mois ». Il est transmis au médecin traitant sauf opposition.

À retenir

  • Une chute après 65 ans n’est jamais banale : la signaler, en chercher la cause, éviter la spirale peur, inactivité, nouvelle chute.
  • Les facteurs de risque se cumulent et se corrigent : médicaments, vision, force et équilibre, pieds et chaussures, domicile.
  • Deux tests simples au cabinet (Timed Up and Go, station unipodale) et trois questions repèrent le risque.
  • Activité physique régulière avec équilibre et renforcement, aménagement anticipé du logement, révision de l’ordonnance : les trois leviers les plus efficaces.
  • Le bilan de prévention à 70-75 ans, possible à domicile avec un infirmier, en fait sa priorité ; les aidants peuvent y participer avec l’accord de la personne.

Ce que Sokrate vous permet de faire

Le service Sokrate propose un questionnaire de préparation en ligne, à remplir seul ou avec un proche, qui passe en revue les chutes de l’année, la peur de tomber, les médicaments, la vision, l’audition et le logement. Vous arrivez au bilan avec vos priorités repérées ; le plan personnalisé est signé par un médecin, un courrier est adressé à votre médecin traitant sauf opposition, et une infirmière de coordination assure le suivi. Vous pouvez préparer le bilan de prévention d’un proche ou le vôtre dès aujourd’hui ; le cadre général est décrit dans le bilan de prévention.