Aucune formation n’est obligatoire pour réaliser un bilan de prévention : l’Assurance Maladie l’écrit pour chaque profession effectrice. Des modules en ligne facultatifs, accessibles gratuitement après inscription sur formation.bilan-prevention.ehesp.fr, couvrent l’entretien motivationnel, les interventions brèves et les priorités de chaque tranche d’âge ; les outils officiels d’ameli complètent la préparation.

Nous avons tous appris la prévention à la faculté sous la forme d’un savoir : quels dépistages, quels vaccins, quels seuils. Le bilan de prévention demande autre chose : conduire, en 30 à 45 minutes, un échange qui aboutit à un ou deux objectifs choisis par le patient. C’est une compétence de posture plus que de connaissance, et c’est ce que les ressources présentées ici travaillent. Cette page fait le point sur ce qui existe, ce qui est confirmé et ce qui reste à vérifier.

Faut-il une formation pour réaliser un bilan de prévention ?

Non. La page ameli.fr de chaque profession — médecin, infirmier, pharmacien, sage-femme — comporte la même phrase : « Aucune formation complémentaire n’est obligatoire afin de pouvoir réaliser ces bilans en tant qu’effecteur. » L’arrêté du 28 mai 2024 relatif aux effecteurs, au contenu et aux modalités de tarification des rendez-vous de prévention ne pose pas non plus de condition de formation. Il suffit d’adhérer au dispositif sur sante.fr avec la carte CPS ou e-CPS pour être référencé dans l’annuaire et pouvoir facturer le bilan, selon les règles rappelées dans la cotation et la facturation du bilan de prévention.

Pourquoi se former, alors ? Parce que le bilan n’est pas une consultation de plus. Ses trois étapes — repérage des risques à partir de l’autoquestionnaire, priorisation conjointe d’un ou deux sujets, rédaction du plan personnalisé de prévention (PPP) — supposent de laisser le patient choisir ce sur quoi il veut agir, ce qui va à l’encontre du réflexe de dérouler la liste des recommandations. D’expérience, et c’est ce que rapportent les confrères formés à l’entretien motivationnel, le bilan y gagne en concision et le plan en adhésion.

Que propose la plateforme EHESP formation.bilan-prevention.ehesp.fr ?

La plateforme est éditée par l’École des hautes études en santé publique (EHESP) et financée par le ministère chargé de la santé via la Direction générale de la santé. Elle est, selon la page de présentation de l’école, « accessible gratuitement en auto-inscription » : la création d’un compte suffit, et les professionnels inscrits « suivent les modules e-learning à leur rythme ».

Le contenu

L’EHESP décrit « des contenus vidéo, supports interactifs, fiches-mémo, textes de référence », organisés « sous la forme de modules de formation ». La plateforme comptait neuf modules à la date de consultation.

Module (intitulé résumé)Ce qu’il travaillePour qui c’est le plus utile
Présentation du dispositifCadre, tranches d’âge, trois étapes, facturation, transmissionTout effecteur qui démarre
Conduite du bilanTechniques de l’entretien motivationnel, étapes de la consultation de préventionTous, en particulier ceux formés à la consultation « descendante »
Orientation des patientsRessources de prévention, parcours, cartographie sante.frEffecteurs non médecins traitants
VulnérabilitésRepérage des situations de précarité, d’isolement, d’éloignement du système de santéPharmaciens, infirmiers, centres de santé
Santé sexuelleContraception, IST, vaccination HPV, abord du sujetSages-femmes, effecteurs des 18-25 ans
18-25 ans · 45-50 ans · 60-65 ans · 70-75 ansPriorités et outils propres à chaque trancheSelon la patientèle

Ce que nous n’avons pas pu confirmer

La page de l’EHESP ne précise ni la durée des modules ni la délivrance d’une attestation à l’issue du parcours. Elle ne mentionne pas non plus de prise en charge au titre du développement professionnel continu. Ce que nous constatons sur la même page : « les infirmiers sont les plus nombreux à s’y être inscrits », tandis que « les médecins plébiscitent moins le centre de ressources ».

Qu’est-ce que l’entretien motivationnel et l’intervention brève, et pourquoi sont-ils au cœur du bilan ?

L’entretien motivationnel est un style de conversation centré sur la personne, qui explore son ambivalence face à un changement et renforce sa propre motivation, plutôt que d’argumenter à sa place. L’intervention brève est un échange court et structuré qui, après repérage d’une consommation ou d’un comportement à risque, délivre une information personnalisée et propose une action réalisable. Les deux répondent à la contrainte du bilan : peu de temps, un ou deux sujets, un plan que le patient portera.

L’entretien motivationnel en pratique

Décrit par les psychologues William Miller et Stephen Rollnick, l’entretien motivationnel repose sur quelques gestes simples : questions ouvertes, valorisation de ce que la personne fait déjà, reformulation de ce qu’elle dit, résumé avant de passer à l’action. Appliqué à la deuxième étape du bilan, il change la question posée : non plus « vous devriez arrêter de fumer », mais « parmi ce que vous avez coché, qu’est-ce qui vous préoccupe le plus, et qu’est-ce que vous seriez prêt à essayer ? ». La priorité qui en sort n’est pas toujours celle que nous aurions retenue ; c’est souvent la condition pour que le plan personnalisé de prévention soit suivi. Le contenu de ce plan est détaillé dans le plan personnalisé de prévention.

L’intervention brève en pratique

Le repérage précoce et l’intervention brève sont recommandés pour l’alcool et le tabac par les autorités sanitaires (Haute Autorité de santé, Santé publique France). Dans le bilan, l’autoquestionnaire fait le repérage ; l’intervention brève consiste à restituer le résultat sans jugement, à relier le comportement à ce qui compte pour la personne, à proposer un objectif modeste et une ressource — ligne d’aide, consultation dédiée, substituts — inscrite dans le PPP. Le module EHESP « conduite du bilan » et les fiches thématiques d’ameli sur le tabac et l’alcool donnent la trame.

Quelles autres ressources officielles : fiches thématiques ameli, livret, autoquestionnaires ?

L’Assurance Maladie et sante.fr mettent à disposition, sans inscription, l’ensemble des supports nécessaires au bilan : un livret de présentation, des fiches thématiques par sujet, les autoquestionnaires par tranche d’âge, les fiches d’aide au repérage des risques, des modèles de plan personnalisé de prévention et une cartographie des ressources de prévention. Aucun logiciel spécifique n’est requis.

RessourceUsage dans la formationOù la trouver
Livret Mon bilan préventionLire le dispositif de bout en bout avant le premier bilanEspace professionnel ameli.fr
Fiches thématiques (alimentation, activité physique, tabac, alcool, sommeil, santé mentale, santé sexuelle, ménopause, dépistages, vaccination…)Repères actualisés par sujet, base des interventions brèvesameli.fr et sante.fr
Autoquestionnaires par tranche d’âgeSe familiariser avec ce que le patient aura rempliMon espace santé (en ligne) ou PDF ameli.fr
Fiches d’aide au repérage des risquesS’entraîner à structurer l’entretienEspace professionnel ameli.fr
Modèles de PPP par tranche d’âgeRédiger un plan concret, avec échéances et ressourcesEspace professionnel ameli.fr
Cartographie des ressources de préventionConnaître l’offre locale à inscrire dans le PPPsante.fr
Applications ICOPE (60 ans et plus)Évaluer les capacités intrinsèques : mobilité, cognition, audition, vision, humeur, nutritionMentionnées sur ameli.fr infirmier

Le fonctionnement de l’autoquestionnaire, pièce centrale du repérage, est expliqué dans le questionnaire du bilan de prévention. Les termes du dispositif — PPP, autoquestionnaire, entretien motivationnel, dépistage organisé — sont définis dans le glossaire de la prévention.

Comment se former en équipe : CPTS, maison et centre de santé ?

Le bilan de prévention gagne à être organisé collectivement : plusieurs effecteurs sur un même territoire, un médecin traitant destinataire des plans, des ressources locales à connaître. La formation d’équipe consiste moins à suivre un cours ensemble qu’à construire un protocole commun et à le faire vivre.

Un protocole partagé

Qui propose le bilan, à quel moment du parcours, sur quel créneau ; comment l’autoquestionnaire est envoyé en amont ; quel modèle de PPP est utilisé ; par quel canal — messagerie sécurisée de santé, dossier médical partagé — le plan est transmis au médecin traitant ; comment on évite les doublons sur une même tranche d’âge. Ces réponses écrites valent une formation, et elles se relisent après les premiers bilans.

Le rôle de la CPTS

La mission prévention des communautés professionnelles territoriales de santé peut porter cette organisation : réunions d’échange de pratiques entre effecteurs, inventaire des ressources locales à inscrire dans les plans, suivi du nombre de bilans par tranche d’âge et par profession. Nous détaillons ce cadre dans le guide CPTS et mission prévention et sur la page Sokrate pour les CPTS.

Centres et maisons de santé

En centre de santé, l’infirmier réalise souvent le bilan et le médecin reçoit le PPP ; la formation utile porte sur la répartition des rôles et la reprise des objectifs en consultation. Cette organisation est décrite dans le bilan de prévention réalisé par l’infirmier et sur la page Sokrate pour les centres de santé. Des organismes de formation continue proposent par ailleurs des sessions dédiées au bilan de prévention, en présentiel ou à distance ; leur contenu et leur éventuelle prise en charge sont à vérifier au cas par cas.

Quelles compétences clés pour un bilan de prévention réussi ?

Six compétences résument ce que le bilan demande, et ce que les ressources ci-dessus permettent de travailler.

  1. Lire un autoquestionnaire en quelques minutes et en tirer les deux ou trois points saillants, sans tout reprendre.
  2. Prioriser avec le patient, par l’entretien motivationnel, un ou deux sujets sur lesquels il est prêt à agir — et accepter que ce ne soit pas le plus « grave » à nos yeux.
  3. Connaître les recommandations en vigueur sur les dépistages organisés, les vaccinations et les repères de consommation, en les attribuant à leur émetteur (Haute Autorité de santé, Assurance Maladie, calendrier vaccinal) et en vérifiant leur date.
  4. Connaître les ressources locales : consultations spécialisées, dispositifs d’aide au sevrage, activité physique adaptée, soutien psychologique, structures sociales — la cartographie de sante.fr en est le point de départ.
  5. Rédiger un plan personnalisé de prévention concret, avec des actions datées et une ressource nommée, et le remettre au patient.
  6. Transmettre et coordonner : envoyer le PPP et la fiche de repérage au médecin traitant, sauf opposition du patient, et savoir reprendre un plan rédigé par un autre effecteur.

Faut-il se former différemment selon sa profession ?

Le socle est commun, mais l’effort porte sur des points différents selon l’exercice. Pour le médecin, il s’agit surtout de la posture : passer du conseil au choix accompagné, et résister à la tentation de transformer le bilan en check-up, comme nous l’expliquons dans le bilan de prévention réalisé par le médecin. Pour l’infirmier et le pharmacien, l’enjeu est la connaissance des dépistages et des vaccinations et la transmission au médecin traitant, développées dans le bilan de prévention en pharmacie. Pour la sage-femme, le module santé sexuelle et l’articulation avec le suivi gynécologique, décrits dans le bilan de prévention sage-femme. Pour les masseurs-kinésithérapeutes, annoncés comme effecteurs à compter d’octobre 2026, la question de la formation se posera dans les mêmes termes ; nous en parlons dans le bilan de prévention kinésithérapeute.

À retenir

  • Aucune formation n’est obligatoire pour réaliser et facturer le bilan de prévention ; l’adhésion sur sante.fr suffit.
  • La plateforme EHESP formation.bilan-prevention.ehesp.fr est gratuite en auto-inscription : vidéos, fiches-mémo, modules par tranche d’âge, entretien motivationnel, santé sexuelle, vulnérabilités. Durée et attestation non précisées.
  • Les compétences clés sont de posture : lire l’autoquestionnaire, prioriser avec le patient, rédiger un PPP concret, transmettre au médecin traitant.
  • Les outils ameli (livret, fiches thématiques, autoquestionnaires, fiches de repérage, modèles de PPP) et la cartographie de sante.fr sont accessibles sans inscription.
  • Se former en équipe, c’est écrire un protocole commun ; la mission prévention des CPTS peut le porter.

Comment organiser ce parcours avec Sokrate

Le service Sokrate propose au patient de préparer son bilan de prévention en amont, avec un questionnaire adaptatif en ligne dont la synthèse structurée parvient au professionnel avant le rendez-vous : le repérage est fait, l’entretien peut se concentrer sur la priorisation et le plan. Le plan est signé par un médecin, un courrier est adressé au médecin traitant sauf opposition, et une infirmière de coordination suit les orientations. Le fonctionnement est décrit sur les pages Sokrate pour les médecins, Sokrate pour les centres de santé et Sokrate pour les CPTS ; le cadre général du dispositif est rappelé dans le bilan de prévention.